Le 20 juillet, la Loire-Atlantique était en alerte rouge sécheresse. Un incendie a parcouru une dizaine d’hectares à l’est de Nantes. Il a détruit une partie d’un bidonville présenté comme le plus grand de France métropolitaine. Une trentaine de caravanes ont brûlé, des bouteilles de gaz ont explosé. Aucun blessé, aucun mort. Ses habitants sont les premiers sinistrés.

Un feu de sécheresse, sur un terrain déjà brûlé

L’alerte est donnée à 17h20, ce lundi. En quelques heures, le feu court sur une dizaine d’hectares, poussé par des rafales à 45 km/h 2. Le département est classé en risque très sévère, vigilance rouge feux 2. La semaine précédente, un premier feu avait déjà parcouru un hectare de broussailles au même endroit 2. Des bouteilles de gaz explosent. Des détonations retentissent toutes les trente secondes environ 1.

La réponse est massive. 148 sapeurs-pompiers et 43 engins sont mobilisés 1,2, appuyés par un hélicoptère de la sécurité civile 2. Le feu est fixé à 22h 2. La ligne SNCF entre Nantes et Ancenis est coupée une partie de la soirée 2. À la fin, aucun blessé et aucun mort ne sont à déplorer 1,2,3.

L’origine, elle, n’est pas établie. Selon les premiers éléments recueillis par France 3, le feu serait parti d’un barbecue 1. La police évoque de son côté une autre origine : une voiture qui a pris feu au niveau du camp. Les flammes auraient ensuite gagné la végétation et les déchets 2. Les deux versions ne se contredisent pas forcément. Aucune enquête judiciaire n’a été annoncée. Rien n’indique une origine volontaire. Faute d’enquête, rien ne l’exclut formellement non plus.

Un habitant du camp raconte à France 3 :

« Il y a un petit camp à côté de nous qui a fait un barbecue, et le camp a pris feu. Le feu est arrivé jusqu’à nous et c’est parti partout. Il y avait beaucoup de bouteilles. »

Ceux qui vivaient là

Le terrain qui a brûlé est présenté comme le plus grand bidonville de France métropolitaine 8. Environ 700 personnes y vivent 3,9. Ce sont des familles principalement d’origine rom 8,9. Beaucoup travaillent dans le maraîchage ou le vignoble nantais 8. Un projet pour reloger les habitants est déjà engagé, en plusieurs étapes, avec la transformation du site à terme 3,9.

L’incendie les a frappés en premier. Une trentaine de caravanes sont parties en fumée. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu leur logement dans la nuit. Elles ont été évacuées, comme des riverains du quartier Doulon voisin. Entre 150 et 200 personnes au total, habitants du camp et riverains confondus, ont quitté les lieux 2. La mairie a ouvert le gymnase Raphaël-Lebel pour héberger ceux dont l’abri avait brûlé 2.

Ces feux ne sont pas rares sur ce type de site. Le même secteur avait déjà brûlé la semaine d’avant 2.

Le même incendie, des titres opposés

Un fait, plusieurs unes. Le titre d’ICI met en avant les évacués, entre 150 et 200 personnes 2. La cause matérielle, une voiture qui aurait pris feu, est reléguée dans le corps de l’article 2. D’autres titres placent en tête l’origine des habitants. CNews titre : « Nantes : un incendie en cours, déclenché dans un camp de Roms, a déjà parcouru 10 hectares » 4. Le mot « déclenché » y précède le mot « camp de Roms », et les deux précèdent toute cause. Le barbecue, la voiture, la sécheresse ne figurent ni au titre ni au chapô. L’expression « camp de Roms » s’est d’ailleurs retrouvée un peu partout. Y compris dans des titres et des articles du service public 1,2.

Un feu attisé par la sécheresse ne dépend pas de l’origine de ceux qu’il ravage. L’ethnie des habitants n’a aucun lien établi avec le départ d’un incendie accidentel. Les instances de déontologie journalistique posent d’ailleurs un test simple. Une caractéristique personnelle, l’origine comprise, ne se cite que si elle compte pour l’intérêt général 7.

Ce réflexe est mesuré. La CNCDH, une autorité publique indépendante, le documente. Dans la presse, les Roms sont associés presque systématiquement à des crimes ou à des délits. La caravane sert souvent d’illustration 5. La même commission le mesure autrement. Près d’un Français sur deux croit que les Roms « vivent essentiellement de vols et de trafics » 5.

Reste une donnée que l’État lui-même établit. Le décompte public des bidonvilles porte sur l’habitat précaire, « quelle que soit l’origine ethnique de leurs habitants ». Il ne permet pas, précise l’administration, de dénombrer les personnes « se déclarant ou identifiées comme Roms » 6. La catégorie mise en avant dans certains titres n’existe donc pas dans les chiffres officiels.

Ce que les faits établissent tient en peu de lignes. Un feu de sécheresse a ravagé un bidonville. Ses habitants, des familles qui travaillent, en sont les premiers sinistrés. Le reste tient à ce que chaque titre a choisi de mettre devant.