En octobre 2025, un institut a posé une question simple à 3 000 personnes. Ce qui les préoccupe le plus, à titre personnel. Une réponse arrive loin devant toutes les autres : le pouvoir d’achat, les prix, la fin du mois. L’immigration, elle, suit à bonne distance, au coude-à-coude avec la délinquance. Dans le débat de la campagne 2027, ce classement ne se retrouve pas.

Ce qui inquiète les Français, dans l’ordre

Les enquêtes ne datent pas toutes du même mois, ni du même institut. Elles disent pourtant la même chose. En tête des préoccupations, un sujet revient partout : le pouvoir d’achat. En octobre 2025, il est cité par 36 % des personnes interrogées, très loin devant le reste 1. C’est l’enjeu le plus transverse, cité dans tous les camps ou presque 1.

L’immigration, elle, se classe plus bas, et son rang bouge selon l’enquête. En octobre 2025, elle est à 22 %, à égalité 2e-3e avec la délinquance, juste derrière le pouvoir d’achat 1. Quatrième à 21 % fin 2024 5. Cinquième à 26 % en décembre 2025, derrière le pouvoir d’achat, le système social, la délinquance et la dette 2. Cinquième encore quand on laisse les gens répondre sans liste, à 20 % en septembre 2025 3. Une mesure européenne la situe aussi derrière les sujets économiques 4.

Ces chiffres ne se comparent pas un à un. Chaque enquête autorise deux ou trois réponses, avec des listes différentes 1,2. Ce sont des sondages déclaratifs, commandés par des journaux et des fondations 1. Ce qui se compare, c’est le rang. Il varie selon le dispositif, de la 2e-3e à la 5e place. Mais partout, l’immigration reste derrière le pouvoir d’achat.

Sur dix ans, le thème recule même un peu. Il était cité par 26 % des Français en 2015, par 20 % en 2025 3.

Pour une partie du pays, c’est le premier sujet

Une moyenne cache toujours des écarts. Sur l’immigration, l’écart est énorme. Le thème sépare le pays selon le vote. À gauche, environ 5 % des sympathisants le citent parmi leurs préoccupations. Chez les sympathisants du Rassemblement national, c’est 53 % 2. Une enquête indépendante retrouve le même fossé : 60 % chez les personnes très à droite, 5 % à gauche 3.

Pour une partie des Français, l’immigration est donc bien le sujet numéro un. Ce n’est pas une invention ni une lubie. C’est une préoccupation réelle, forte, assumée. Mais elle est concentrée sur un bord de l’échiquier. Un sujet cité par un électeur du RN sur deux, et par un électeur de gauche sur vingt, divise le pays. Il ne le rassemble pas.

Dans la campagne, un thème que se disputent tous les camps

Dans le débat qui s’ouvre pour 2027, le contraste est net. Là, l’immigration occupe le premier plan. La presse en fait un thème central, jusque dans ses titres 6.

Le Rassemblement national propose un grand référendum. Marine Le Pen et Jordan Bardella le portent. Le but est affiché : faire adopter ses mesures sans passer par le Conseil constitutionnel 7. Le parti veut supprimer le regroupement familial et durcir l’exécution des expulsions 7.

Le thème traverse aussi le camp du gouvernement, qui se divise dessus. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, propose de mettre l’immigration légale en pause pendant trois ans 6. Gabriel Attal, lui, juge la mesure « ni possible, ni souhaitable » et défend une immigration de travail choisie 6. Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, veut dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, qu’il juge « exorbitant » 8. Il le disait en novembre 2024, « à titre personnel » 8.

Ces phrases sont des positions de responsables politiques. Chacun défend son camp et sa candidature. Ce sont des prises de position, pas des faits établis.

Derrière le référendum, il y a un précédent. En janvier 2024, le Conseil constitutionnel a censuré 35 des 86 articles de la loi immigration 9. La plupart l’ont été pour un motif de procédure, pas sur le fond 9. Le Rassemblement national et la droite y voient un barrage à contourner.

Deux places, un écart qui se mesure

D’un côté, un thème qui se classe de la deuxième à la cinquième place selon l’enquête, jamais en tête des inquiétudes. De l’autre, un thème central de la campagne. L’écart entre les deux n’est pas une impression. Il se mesure, et depuis longtemps.

Un centre de recherche public l’a écrit noir sur blanc. L’immigration est « rarement citée comme principal sujet d’inquiétude ». Mais elle « apparaît de manière répétée dans les cinq premières places » 10.

Combien de place le thème prend-il à la télévision ? Entre 2013 et 2017, les sujets sur l’immigration pesaient environ 4 % des reportages des grands journaux télévisés 10. Sur la décennie 2006-2015, un décompte public en recense 8 667, soit un peu plus de deux par jour 11. Or la télévision reste la première source d’information des Français 10.

Le Courrier de France, OpenAI Image générée par IA

Ce que cette couverture change, une étude a tenté de le mesurer. Quand la part des sujets sur l’immigration augmente à l’antenne, les opinions se tendent aux deux bouts 10. Un peu plus d’avis très favorables, un peu plus d’avis très défavorables 10. L’opinion moyenne, elle, ne bouge pas 10. Les médias ne rendent pas le pays hostile, ni accueillant. Ils écartent les positions les unes des autres.

Un cadre d’analyse ancien décrit ce mécanisme. Les médias ne disent pas quoi penser. Ils disent à quoi penser 13. En mettant un sujet en avant, ils le rendent important aux yeux du public 13. Le choix de ce dont on parle est déjà un pouvoir.

Un exemple récent et documenté. En juin 2026, le régulateur de l’audiovisuel a mis en demeure la chaîne CNews 12. Après avoir visionné 168 heures de programmes, il a relevé « la prédominance d’un même cadre d’interprétation de l’actualité », centré sur « la menace que représenteraient l’immigration et l’islam » 12. Le constat porte sur un seul mois, mars 2025, et une seule chaîne. Une mise en demeure est un rappel à l’ordre, pas une condamnation 12.

Le sujet qui met tout le monde d’accord

Une inquiétude, pourtant, ne connaît pas ce clivage. Le pouvoir d’achat arrive en tête partout, à gauche comme à droite 1. C’est l’enjeu qui rassemble le plus largement, à travers les votes 1. La fin du mois, elle, met tout le monde d’accord.