Une naissance que personne ne tenait pour acquise
La mère s’appelle Sethi. Elle a 7 ans et c’était sa première portée 2. Elle est arrivée l’hiver dernier d’un autre parc, la Réserve Africaine de Sigean 2. Le père, Solo, vit à La Flèche depuis plusieurs années 2. Les équipes n’ont observé qu’un seul accouplement, en février 2026 2. La gestation a duré environ trois mois 2. Les petits sont nés dans un centre dédié aux guépards, inauguré en janvier et fermé au public 2.
Au 1er août, chaque petit pesait environ 3 kg 1. Ils commençaient à manger de la viande, en plus du lait 1. Le parc prévoit de les montrer au public à l’automne 1. Le soigneur, lui, a longtemps retenu son souffle.
« Tant qu’ils n’étaient pas sortis, je ne voulais pas y croire. Tout s’est parfaitement bien passé. »
Sa prudence a une raison. Chez le guépard, la reproduction est difficile. En captivité, à peine un couple sur sept met bas, un ordre de grandeur mesuré depuis les années 1970 6. Et la mortalité des jeunes reste élevée 6. Une portée de quatre menée jusqu’à la sortie est donc peu fréquente.
Un félin qui se reproduit mal, pour une raison inscrite dans ses gènes
Le guépard porte une particularité troublante. Son patrimoine génétique est très peu varié 5,6. Tous les guépards se ressemblent au point qu’une greffe de peau prend d’un individu à l’autre presque sans rejet, comme entre jumeaux 9. Cette pauvreté vient de loin. L’espèce a traversé un goulot d’étranglement il y a une dizaine de milliers d’années 5,6. Très peu d’individus ont survécu, et toute la lignée descend d’eux.
Cela pèse sur la fécondité. La plupart des mâles produisent un sperme de mauvaise qualité 5. Mais le tableau n’est pas si simple. Une minorité de mâles produit un sperme de bonne qualité, sans lien net avec leur degré de consanguinité 5. L’idée d’un guépard condamné par ses gènes est donc trop courte. La difficulté est réelle, elle n’est pas une fatalité mécanique.
Comment on organise la naissance d’un guépard à l’échelle d’un continent
Ces naissances ne doivent rien au hasard. Elles sont pilotées par un Programme Européen pour les Espèces menacées, un EEP 2. À l’échelle des zoos européens, un coordinateur suit tous les guépards détenus 7. Il tient un livre généalogique, le studbook 7. Chaque animal y est fiché : sa naissance, ses parents, ses déplacements d’un zoo à l’autre, ses partenaires, sa descendance 7. Des logiciels analysent ces données 7.
Le but est simple à dire. Il s’agit de garder le plus de diversité génétique possible, et d’éviter que des animaux trop proches se reproduisent 7. Ce sont ces calculs qui décident des couples. L’histoire de Sethi le montre bien. Si elle a quitté Sigean pour La Flèche, c’est pour être présentée à Solo 2. Un déménagement décidé sur plan, à des centaines de kilomètres, pour un rendez-vous entre deux félins.
Ce que ces quatre petits changent, et ce qu’ils ne changent pas
Le guépard est une espèce menacée, et son déclin continue. L’UICN, la référence mondiale sur l’état des espèces, le classe vulnérable 3.
Il y a un siècle, ils étaient sans doute autour de 100 000 6. Aujourd’hui il en resterait environ 6 500 adultes à l’état sauvage, un chiffre en recul 3. Sur les cinq sous-espèces, trois sont en danger critique 6. En Iran, il n’en survit qu’une centaine 4. Les petits de La Flèche appartiendraient au guépard du sud, la sous-espèce la moins menacée, d’après la presse et sans confirmation du parc 6.
Alors ces quatre petits vont-ils repeupler la savane ? Non. Ce n’est pas leur rôle. Leur naissance nourrit une population dite d’assurance : un réservoir vivant, gardé en Europe, au cas où l’espèce s’effondrerait dans la nature 8. Cette méthode a déjà sauvé des animaux, puis les a rendus à la nature, l’oryx d’Arabie, le cheval de Przewalski, le condor de Californie 8. La preuve existe qu’elle peut marcher.
Mais aucun de ces exemples n’est un guépard. Pour lui, le tableau est plus nuancé. Des guépards nés en captivité ont bien été rendus à la nature. Douze d’entre eux ont été relâchés dans des réserves clôturées d’Afrique du Sud. Ils y ont même eu des petits 10. Deux autres, nés dans un zoo britannique, y ont été relâchés en 2020. Ils chassaient seuls dès le lendemain 11. Mais ces réserves restent clôturées et surveillées de près. Ce n’est pas la savane libre. Et aucun de ces guépards ne venait d’un parc français.
L’ONG spécialiste de l’espèce le reconnaît d’ailleurs, la population des parcs ne se renouvelle pas toute seule 4. Le zoo de La Flèche parle d’une mission de conservation. C’est juste pour le réservoir génétique et pour faire connaître l’espèce. Ce l’est beaucoup moins pour les guépards sauvages d’Afrique. Leur sort se joue sur leur terrain, en protégeant leur habitat, leurs proies, et en luttant contre le trafic 4.
Reste la nouvelle, entière et belle. Une espèce difficile à faire naître vient de donner quatre petits en bonne santé. C’est un savoir-faire rare, et un maillon de plus dans une longue chaîne patiente. Cet automne, le public de la Sarthe pourra les regarder grandir.
