Une enquête ouverte, une cause inconnue
Ce jour-là, le contexte était tendu. Selon le préfet du Pas-de-Calais, 200 à 250 lycéens visaient les policiers avec des pierres, des feux d’artifice et des mortiers. Une compagnie de CRS était sur place. 3 C’est la version du préfet, qui est partie prenante sur le maintien de l’ordre.
Depuis le début du mouvement lycéen, le ministère de l’Intérieur compte plus de 700 policiers et gendarmes blessés, et 6 547 interpellations. 1 Ces chiffres viennent de l’Intérieur. Aucun comptage indépendant ne les a confirmés.
Sur l’adolescent de Lens, le procureur de Béthune, lui, ne tranche pas.
« Je ne suis pas en mesure de dire formellement si le lycéen a ramassé la grenade ou si elle a été jetée sur lui. » 3
Quelle grenade, exactement ? L’enquête ne l’a pas encore dit. Une enquête de la police des polices, l’IGPN, a été ouverte. Elle doit aussi établir si le tir était réglementaire. 1,3
Ce que le ministre a suspendu, au juste
Deux jours plus tard, le 7 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a réagi. Il suspend l’usage des grenades assourdissantes. 1,2 Ces grenades produisent un flash et une forte détonation, de l’ordre de 160 décibels. 4
La mesure est plus étroite qu’il n’y paraît. Elle ne vise que les manifestations lycéennes, « non au-delà ». 2 Elle est provisoire : elle tient « le temps de comprendre », et doit tomber quand les circonstances de Lens seront établies. 1
Ce n’est pas une interdiction générale. Ce n’est pas un retrait de l’arme. La loi ne change pas. C’est une consigne d’emploi, donnée par le ministre, rien de plus. 2
Les chiffres de l’État, et ceux qui manquent
Les blessés de ce mouvement ne sont pas que des policiers. Deux adolescents de 16 ans ont été touchés aux yeux. Un de 14 ans à la mâchoire, à Saint-Ouen-l’Aumône. 4 Et le lycéen de Lens. 3 Pour chacun, les responsabilités restent à établir. L’IGPN a ouvert 18 enquêtes depuis le début du mouvement. 1
Un point mérite d’être vu. L’État sait compter ses propres pertes, au blessé près. Mais il n’existe aucun registre public des manifestants mutilés. 5 Ce qu’on en sait vient de recensements de journalistes et de collectifs de blessés, jamais d’un décompte officiel.
La séquence des gilets jaunes donne l’échelle. Environ 2 200 manifestants blessés, selon un chiffre officiel. 5 Au moins une dizaine d’éborgnés sur les seuls premiers mois. 5 Plusieurs centaines de personnes touchées par des tirs de LBD, selon un recensement journalistique. 5
L’IGPN avait alors ouvert près de 250 enquêtes, pour conclure à aucun cas d’abus. 5 C’est l’institution qui juge son propre travail : elle enquête et propose, elle ne sanctionne pas.
Une arme, elle, a connu un sort plus radical. Après les mutilations des gilets jaunes, la GLI-F4, chargée d’explosif, a été remplacée en 2020 par une munition sans cette charge. 6 Retirée, pas suspendue.
Reste le garçon de Lens. Une main en moins, à 15 ans. La grenade assourdissante est suspendue, mais pour les seuls lycéens, et seulement le temps que l’enquête dise comment il l’a perdue. 1,3
