La soirée du 29 octobre, racontée par la préfecture
Les cinq hommes sont placés en garde à vue, sous l’autorité du parquet de Dunkerque. Motifs : « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes » et « transport sans motif légitime d’armes de catégorie D » 1,2.
Ce sont des qualifications d’enquête : les cinq hommes sont suspects, donc présumés innocents. Leurs noms et âges n’ont pas été rendus publics.
La préfecture les rattache à la « mouvance d’ultra-droite » 1. C’est son classement. Elle ne cite ni groupe, ni propos, ni symbole.
Ce récit est celui de la préfecture, repris par l’AFP et France 3 1,2. C’est aussi le préfet qui a demandé leur placement en rétention 1. Ce que montrait la vidéo, qui était filmé, si quelqu’un a été approché : rien n’a été rendu public.
Aucune victime, aucun blessé, aucune plainte n’est mentionné pour ce jeudi 1,2. Le délit retenu ne l’exige pas. Il punit la préparation en groupe de violences, prouvée par des faits concrets, avant tout passage à l’acte 9.
Le préfet a prévu leur placement en rétention après la garde à vue, en vue d’« une expulsion du territoire français » 1. L’exécution n’est pas confirmée.
Des bombes en vente libre, un transport interdit
Les quatre bombes lacrymogènes font 75 ml chacune 1. Sous 100 ml, un aérosol lacrymogène est une arme de catégorie D, d’achat libre 10. Ce qui est interdit, c’est de le transporter sans motif légitime : un an de prison et 15 000 euros d’amende, le double à plusieurs 10.
Une série que les associations font remonter à 2024
Depuis l’été 2024, des associations d’aide comptent une dizaine d’actions de militants britanniques sur le littoral 6. C’est leur décompte, aucun chiffre officiel n’est publié. Selon elles, des bénévoles sont aussi pris à partie, en juin et en décembre 2025 6. Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2025, à Grand-Fort-Philippe, quatre hommes portant les drapeaux anglais et britannique s’en prennent à des migrants endormis. Ils emportent leurs affaires. C’est le récit d’Utopia 56, qui a porté plainte 6. Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête pour « violences aggravées ». Aucun auteur n’est établi 6. Le 5 décembre, à Dunkerque, trois hommes arrivés en ferry filment en direct des membres de Médecins sans frontières, accusés d’aider une « invasion » 6.
Le 13 janvier 2026, le ministère de l’Intérieur interdit le territoire à dix militants d’un groupe nationaliste britannique, Raise the Colours. Il leur reproche des « actions à caractère violent » 5 : chercher et détruire de petits bateaux 4. Le groupe dit ne soutenir aucune violence et n’avoir reçu aucune notification 4.
Le 25 janvier, deux Britanniques de 35 et 53 ans sont arrêtés près de Calais. En cause, des propos tenus en direct sur YouTube, selon des sources policières. Aucune violence physique ne leur est reprochée, précise la procureure 3. Ils ont ensuite été expulsés 2.
Le 22 septembre, en Manche, un militant britannique, Daniel Thomas, se filme en direct. Devant plus de 15 000 spectateurs, il lacère au couteau un canot vidé de ses passagers. Un agent du navire de garde-côtes français Abeille Liberté est encore à bord. La police britannique l’arrête le lendemain 7. La suite judiciaire n’est pas connue.
Quatre de ces épisodes ont été filmés en direct : le 5 décembre, le 25 janvier, le 22 septembre et le 29 octobre. Aucune source ne relie les cinq hommes du 29 octobre à Raise the Colours ni à un autre groupe connu.
Qui sont les personnes visées
Les personnes visées attendent de traverser vers l’Angleterre. Le profil connu est celui des traversées, pas des personnes filmées le 29 octobre. En 2025, environ 76 % des arrivants en petit bateau sont des hommes adultes et 12 % des mineurs 13. Ils viennent d’abord d’Iran, d’Afghanistan, d’Irak, d’Érythrée, d’Albanie et de Syrie (chiffres 2018 à 2025) 13.
Sur le littoral, ces personnes vivent dans des campements. En 2017, à Calais, le Conseil d’État a statué sur ces campements. Il relevait, de la part des autorités, une « carence de nature à exposer ces personnes, de manière caractérisée, à des traitements inhumains ou dégradants » 19. Fin 2025, six associations ont assigné l’État en justice pour le campement du Dunkerquois. Il était, selon elles, « sans accès à l’eau, l’hygiène, l’assainissement, la nourriture ou l’électricité ». Plus de 2 000 personnes y vivaient, selon leur décompte 15.
Les personnes visées n’ont la parole dans aucune des sources publiées sur ces actions. Les seules plaintes connues viennent d’associations.
Ce que prévoit la loi pénale
La loi pénale française s’applique à toute infraction commise en France. Un Français et un Britannique risquent les mêmes peines de prison et d’amende pour les mêmes faits 9.
- Le groupement en vue de violences : un an et 15 000 euros 9.
- Les violences visant une personne pour son ethnie, sa nation, sa prétendue race ou sa religion : trois ans et 45 000 euros, même sans blessure. Avec la réunion, la préméditation ou une arme en plus, cinq ans, puis sept 9.
- Les menaces de commettre un crime ou un délit contre une personne, répétées, ou laissées par écrit ou en image : six mois et 7 500 euros. La menace de mort : trois ans et 45 000 euros 9.
- La destruction du bien d’autrui, une tente, des affaires, un bateau : deux ans et 30 000 euros, sauf dommage léger 9.
- L’appel public à la haine ou à la violence raciste, y compris en ligne : un an et 45 000 euros 12.
Pour une menace ou une destruction à motif raciste, la peine maximale de prison double 9. Pas pour les violences ni pour l’appel à la haine : leur peine contient déjà le motif 9. Être migrant ne suffit pas à prouver ce motif. L’enquête doit l’établir.
Expulser n’est pas juger
Pour un étranger, une seconde voie existe, administrative. Le préfet peut expulser celui dont la présence « constitue une menace grave pour l’ordre public » 11. Normalement, l’étranger passe d’abord devant une commission de trois juges, avec un avocat. En cas d’« urgence absolue », cette étape saute et le ministre de l’Intérieur décide 11. La rétention sert à exécuter l’éloignement, 96 heures au départ. Ce n’est pas une peine 11.
L’expulsion ne dit rien de la culpabilité. Aucun procès en France n’a été annoncé à ce jour.
Deux éloignements, deux régimes
Les personnes qui attendent de traverser relèvent du même code des étrangers, mais pas des mêmes règles de départ.
D’abord le pays de retour. Pour des Britanniques, c’est le Royaume-Uni, sans obstacle signalé. La loi interdit de renvoyer un étranger là où il établit que sa vie ou sa liberté sont menacées 11. Pour une personne venue d’Afghanistan ou d’Érythrée, cela se juge au cas par cas, sans protection d’office.
Ensuite l’asile. Une personne dont la demande d’asile relève de la France peut, sauf exceptions, y rester jusqu’à la décision. Un éloignement décidé avant ne s’exécute pas pendant ce temps 11. La part des personnes du littoral dans ce cas n’est pas établie.
L’État agit aussi sur les campements. En 2021, la commission nationale des droits de l’homme en faisait le constat. Elle décrivait « des opérations quasi quotidiennes de démantèlement et de destruction des abris provisoires » sur le littoral 14.
Ce qui reste ouvert
Une personne visée par des violences, des menaces ou des propos racistes peut porter plainte. Elle peut écrire directement au procureur de la République, sans passer par un commissariat, ou aller à la police ou à la gendarmerie 12. Ces textes ne posent aucune condition de nationalité ni de titre de séjour.
Une association antiraciste déclarée depuis cinq ans peut aussi agir contre des propos racistes publics. Si une personne précise est visée, il faut qu’elle ne s’y oppose pas 17.
Passé un délai compté du jour des faits, plus aucune poursuite n’est possible. Ce délai est d’un an pour un appel à la haine ou une injure raciste publics, même diffusés en direct 16. Il est de six ans pour des violences, des menaces ou une destruction 18.
La suite pénale appartient au parquet de Dunkerque : poursuites ou classement. Sa décision n’est pas publiée à ce jour. L’éloignement, lui, relève de l’administration 11. Depuis février 2026, une question écrite d’un député demande au gouvernement ce qu’il fait contre ces actions sur le littoral. Au 1er novembre, elle n’a reçu aucune réponse 8.
