La peau répond au soleil
La couleur de peau est une réponse au soleil. Elle suit la latitude, plus que la température ou l’altitude. Là où les rayons ultraviolets tapent fort, la peau est foncée. Là où ils faiblissent, elle s’éclaircit. C’est une adaptation, mesurée et datée 7.
Elle tient à peu de gènes, chacun à fort effet. Une poignée de variantes suffit à changer une teinte 6. C’est peu, comparé aux centaines de gènes qui commandent la taille.
Ces variantes sont anciennes. Les allèles de peau claire comme de peau foncée existaient avant les humains modernes, il y a environ 300 000 ans 6. La peau claire est apparue plusieurs fois de façon indépendante, par des chemins génétiques distincts 7. Et des peuples éloignés partagent les mêmes variantes de peau foncée 6.
La conséquence est simple. Deux personnes de même teinte peuvent venir d’ascendances très éloignées. Deux peuples voisins peuvent différer de couleur. Ranger les gens par la couleur de peau renseigne aussi mal sur l’origine que les ranger par la couleur des yeux 13.
Presque tout se joue entre voisins
Reste la mesure de fond. Quand on ouvre l’ADN et qu’on compte, la différence n’est pas là où le sens commun l’attend. Selon les marqueurs, de 85 à 95 % de la variation génétique sépare des individus d’un même groupe 1,2. Seuls 3 à 7 % distinguent les grands ensembles continentaux 1,2.
Autrement dit, deux habitants d’un même village diffèrent presque autant que deux personnes prises sur deux continents. Près de la moitié des variantes génétiques se retrouvent sur tous les continents. À peine 7 % sont propres à une seule région, et elles y restent rares 2.
L’espèce humaine est même peu variée. Deux humains pris au hasard partagent environ 99,9 % de leur ADN 13. Parmi les grands singes, l’humain figure du côté des moins divers, deux à trois fois moins que le chimpanzé 5.
Un dégradé, pas des cases
Cette variation ne dessine pas de blocs séparés. Elle décroît doucement à mesure qu’on s’éloigne de l’Afrique de l’Est 4. Chaque population née d’une migration n’emporte qu’une partie de la diversité de la précédente. Les groupes plus lointains sont un échantillon appauvri, pas une lignée à part 4.
Le résultat est un dégradé continu, pas une carte de cases aux frontières nettes. On peut suivre la pente d’un bout à l’autre du globe. On ne trouve pas de mur en travers.
Classer n’est pas séparer
Il existe un argument en sens contraire, et il est sérieux. Pris gène par gène, l’écart entre populations est faible. Mais en croisant assez de marqueurs d’un coup, on retrouve bien l’origine continentale d’une personne. Sur un seul gène, on se trompe une fois sur trois. Sur des centaines à la fois, l’erreur tombe presque à zéro 8.
Cet argument est souvent présenté comme la preuve que des races biologiques existent. Il ne prouve pas cela. Classer un point sur un dégradé, ce n’est pas trouver une frontière. On sait situer un endroit sur une pente de couleurs sans qu’il y ait de ligne entre le orange et le rouge.
Les auteurs qui ont fait émerger ces regroupements génétiques par ordinateur ont posé eux-mêmes la limite. Les regroupements sont réels mais modestes. La variation reste, pour l’essentiel, un dégradé. Les ruptures aux grandes barrières, océans, déserts, montagnes, ne pèsent qu’une petite part du total. Et ce résultat, ont-ils écrit, n’appuie aucune notion de « race biologique » 3.
Ce qui n’efface rien de réel. Il existe bien une structure entre populations. L’ascendance géographique se mesure, et elle a son intérêt en médecine 3,10. Ce que la génétique ne trouve pas, c’est le découpage en catégories tranchées et classées les unes au-dessus des autres. En 2018, la principale société de génétique humaine l’a écrit noir sur blanc. L’espèce ne se divise pas en sous-catégories biologiquement distinctes. La variation forme un dégradé sans frontières nettes. Et l’idée de « pureté raciale » est vide de sens sur le plan scientifique 9. Dans la discipline, on recommande désormais de parler d’ascendance et de population, plutôt que de race 10.
Le mot dans la loi, une autre affaire
Tout cela règle une question de biologie, pas une question de droit. Ce sont deux plans séparés.
Que la race n’ait pas de fondement biologique, un texte international le disait déjà en 1950, en parlant de « mythe social » 11. Faut-il pour autant retirer le mot des lois, c’est un autre débat. En France, le 12 juillet 2018, l’Assemblée nationale a voté en première lecture le retrait du mot « race » de l’article premier de la Constitution 12. La réforme n’a pas abouti. Le mot y figure toujours 12. Des juristes tiennent à le garder, parce qu’il sert à poursuivre le racisme, défini « à raison de la race » supposée.
Car l’absence de races biologiques ne fait pas disparaître le racisme comme fait social 13. Le premier est une donnée de laboratoire. Le second reste une réalité de la vie des gens.
La peau, les cheveux, la forme d’un visage se voient au premier regard. Ils tiennent à une poignée de gènes, façonnés par le soleil et le hasard des migrations. Sous cette mince couche, deux humains partagent 99,9 % de leur ADN. Et c’est entre voisins, pas entre continents, que se loge presque toute la différence.
