Le 19 septembre, le ministre du Logement l’a annoncé : en 2027, les aides au logement ne seront pas revalorisées. Au 1er octobre, elles montent une dernière fois, de 1,15 % 5. Sur une aide moyenne de 226 euros par mois, cela fait quelques euros 2. Ensuite, le barème restera figé.

Un gel, ce n’est pas une baisse

D’abord un mot sur les mots. Geler une aide, ce n’est pas la diminuer. Le montant versé ne bouge pas. « On ne va évidemment pas les diminuer », a dit le ministre. « En revanche, elles ne seront pas revalorisées l’année prochaine » 1.

La différence est réelle. Chaque année, au 1er octobre, le barème est relevé. C’est la loi 3. Il suit l’indice des loyers, pour que l’aide tienne le rythme des prix. Geler, c’est suspendre ce relèvement. Le montant reste le même. Mais si les loyers montent, l’aide couvre un peu moins. Le pouvoir d’achat baisse sans qu’aucune ligne ne baisse sur le relevé.

Ce point compte pour la suite. La revalorisation, elle, est automatique. La suspendre demande une décision, inscrite dans le budget 3. Quelqu’un choisit de la prendre.

Pour 2027, l’addition est légère

Combien cela retire-t-il à chaque foyer ? Pour la seule année 2027, peu. L’ordre de grandeur tourne autour de 30 euros sur l’année, quelques euros par mois 2,5. Ce chiffre n’est pas officiel. Le ministre n’a donné aucun montant. Il parle d’une « économie substantielle » 1. La seule estimation qui circule, environ 0,2 milliard d’euros, vient d’un site financier, pas de Bercy 5. Elle vaut comme repère, pas comme un fait acquis.

Sur un an, l’effet par foyer est donc faible.

Qui touche ces aides

Le ministre justifie le gel par « un petit effort demandé à tout le monde » 1. Reste à voir qui est ce « tout le monde ».

Les aides au logement vont à 5,8 millions de foyers, soit 11,2 millions de personnes, environ un habitant sur six 2. Mais ce n’est pas la France entière. Trois bénéficiaires sur cinq vivent seuls, sans personne à charge. Trois sur dix ont moins de 30 ans. Près d’un sur cinq est étudiant. Neuf sur dix sont locataires, contre quatre ménages sur dix dans le pays 2.

C’est une population jeune, qui loue, et souvent pauvre.

Ce taux date de 2015, la dernière mesure détaillée disponible 2. Sa direction, elle, n’a rien de fragile : ces ménages sont bien plus modestes que la moyenne. Un étudiant qui loue un studio, une personne seule avec un enfant, un jeune salarié qui débute. Pour eux, 226 euros d’aide par mois ne sont pas un supplément. C’est une part du loyer 2. L’« effort » est petit en euros. Il porte sur les budgets les plus serrés.

Le vrai enjeu est dans la durée

Une année de gel, prise seule, reste marginale. Le sujet est ailleurs. Depuis 2017, les aides au logement fondent par petites touches.

D’abord une baisse de 5 euros par mois sur chaque aide, fin 2017 : 392 millions d’euros par an 4. Puis, dans les HLM, une baisse liée à la « réduction de loyer de solidarité » : jusqu’à 1,3 milliard par an 4. Ensuite le barème relevé de 0,3 % seulement en 2019 et 2020, très en dessous des prix 4,2. Puis un nouveau mode de calcul, au plus près des revenus récents, en 2021 : plus d’un milliard d’économies par an 4.

Mis bout à bout, le coût des aides a baissé de 2,5 milliards d’euros entre 2017 et 2020 4. En tenant compte des prix, la dépense a reculé plusieurs années de suite, jusqu’à 8,1 % de moins sur la seule année 2020-2021 2.

Le gel de 2027 s’ajoute à cette liste. C’est le dernier maillon, pas le premier. Une année, l’addition est légère. Répétée, elle change la donne.

Annoncé, pas encore voté

Rien n’est acté. Le gel est une annonce. Il doit passer par le budget 2027, voté au Parlement 1. Il s’inscrit dans un objectif de 54 milliards d’euros d’économies pour l’an prochain 1.

Des gels annoncés ont déjà été retirés en cours de discussion. La prudence s’impose donc sur le calendrier comme sur le montant exact.

Reste ce qui, lui, est déjà établi. La revalorisation des aides est la règle. La suspendre est une décision. Elle porte, une fois de plus, sur une population parmi les plus modestes du pays.