Une dose de morphine calculée trop vite. Un pousse-seringue mal réglé. Dans les derniers jours d’une vie, ces gestes ne pardonnent pas. La Haute Autorité de santé a passé au crible 385 accidents graves survenus autour de patients en fin de vie, signalés depuis 2017. Plus de sept sur dix étaient évitables.

Sept accidents sur dix qui n’auraient pas dû arriver

L’autorité de santé a examiné les accidents graves déclarés autour de patients en fin de vie. Entre mars 2017 et septembre 2025, elle a retenu 385 cas sur 1 898 examinés 1. Sur ces 385, elle en a jugé 272 évitables ou probablement évitables, soit 71 % 1. Parmi eux, 144 ont fini par un décès, 118 ont mis en jeu le pronostic vital, 10 ont laissé une séquelle permanente 1.

Un chiffre pareil se lit avec prudence. Ces accidents sont ceux qui ont été signalés. L’autorité de santé le dit elle-même.

« Ces données ne présentent pas de valeur épidémiologique ou statistique généralisables. »

Haute Autorité de santé

Les signalements restent très en dessous de la réalité 1. Ce n’est donc pas un taux. Personne ne peut dire que sept fins de vie sur dix tournent mal. Ce sont les accidents connus, pas tous les accidents.

Là où ça casse est identifié dans 88 % des cas 1. L’organisation de la prise en charge arrive en tête, 32 % 1. Viennent les erreurs de médicaments, 28 %, surtout des sédatifs et des antidouleurs, avec 81 surdosages recensés 1. Puis les erreurs de matériel, 25 %, pompes et pousse-seringues 1. D’où une recommandation simple : faire vérifier deux fois les doses de morphine et de sédatifs 1.

Pas la maladie seule, l’organisation

Quand elle remonte aux causes profondes, l’autorité de santé trouve rarement une cause unique. Un même accident en cumule souvent plusieurs 1. La complexité de l’état du patient revient dans 79 % des cas 1. Mais les protocoles indisponibles ou mal appliqués suivent de près, 70 % 1. Le manque d’expérience ou de formation, 66 % 1. L’environnement de travail, 58 %, ce qui recouvre la charge de travail, le matériel qui manque et l’effectif insuffisant 1.

Ces accidents ne tiennent donc pas qu’à la gravité des maladies. Les protocoles, la formation et les effectifs y reviennent presque aussi souvent.

Un droit inscrit dans la loi, tenu à moitié

Ce manque, une autre institution l’avait déjà constaté. En 2023, la Cour des comptes a examiné l’offre de soins palliatifs 2. Son constat rejoint celui des accidents. En lits identifiés, « les moyens humains ne sont pas toujours effectifs » 2. Elle relève un « écart élevé » entre les effectifs présents et les normes 2.

Le droit, lui, est clair. La loi reconnaît à chacun l’accès aux soins palliatifs, pour la totalité des besoins 2. La couverture réelle est estimée à environ la moitié 2. La Cour précise que ce calcul reste discuté, faute de méthode partagée 2. L’ordre de grandeur, lui, ne l’est pas.

Dans les services non spécialisés, la Cour note un autre effet. Ces patients « reçoivent plus souvent » des actes qui n’améliorent pas leur fin de vie 2. Des soins de trop, faute de la bonne prise en charge.

L’offre a grandi, l’écart demeure

Le tableau n’est pas celui d’un abandon total. L’offre a augmenté de près de 30 % depuis 2015 2. Les lits en unités spécialisées ont crû d’environ 40 %, même si six unités ont fermé depuis 2019 2. La France est passée du bas du classement des pays riches à sa première moitié 2. La moitié des plus de 65 ans y ont accès à des soins palliatifs avant de mourir, contre 40 % en moyenne ailleurs 2.

Reste l’argent, et deux chiffres qui vont ensemble. La dépense a atteint 1,453 milliard d’euros en 2021, en hausse de près d’un quart depuis 2017 2. Mais les crédits du plan dédié, sur la même période, ont baissé de 10 millions 2. La dépense globale monte. L’effort ciblé, lui, a reculé.

Où l’on meurt, et où manquent les places

Reste à savoir qui vit ce décalage. La majorité des Français meurent à l’hôpital ou en clinique, 53 % en 2019 4. À domicile, 24 %, en maison de retraite, 12 % 4. La plupart, pourtant, disent vouloir finir chez eux, selon les sondages 4.

La géographie ajoute sa part. Une vingtaine de départements n’ont aucune unité de soins palliatifs, entre 21 et 24 selon le comptage 2,4. Ce sont souvent des zones rurales : Corrèze, Creuse, Indre, Lot 4. Là, ce sont des lits ordinaires qui compensent, quand ils le peuvent 2. Les accidents examinés, eux, touchent surtout des personnes âgées, de 60 à 100 ans, dont près des deux tiers atteintes d’un cancer 1.

Cinq plans, et un sixième

Face à ces constats, un nouveau plan existe. Le gouvernement a lancé le 22 avril 2024 une stratégie sur dix ans 3. Il s’engage sur 1,1 milliard d’euros de mesures nouvelles 3. Au programme : des maisons d’accompagnement, des lits supplémentaires, de nouvelles équipes mobiles, des unités pour enfants, et une unité de soins palliatifs visée dans chaque département qui en manque 3.

Ce sont des engagements, pas encore des moyens sur le terrain. La Cour des comptes rappelle le passé. La France a connu cinq plans successifs sans que les besoins soient couverts 2. Elle pointait déjà l’absence d’objectifs chiffrés et de calendrier 2.

Ce dossier porte sur l’accompagnement de la fin de vie, pas sur l’aide à mourir, que la Cour a écartée de son examen 2. La question posée est plus simple, et déjà sans réponse. Un droit est inscrit dans la loi depuis des années. Il est tenu, aujourd’hui, pour environ la moitié de ceux qui en ont besoin 2.