Un record de surface, pas une vague d’incendiaires
En 2026, plus de 90 000 hectares de forêt et de végétation ont brûlé en France depuis janvier 3. C’est un record sur vingt ans de mesures par satellite. Plus de six fois la moyenne des deux dernières décennies 3. Le seul feu de Saumos en représente près de la moitié 1,3. Ces chiffres viennent de relevés satellites. Ils comptent au plancher, jamais au maximum 3.
À chaque grand feu revient le même récit, celui des incendiaires. Les faits en disent autre chose. Environ neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine 4. Mais « origine humaine » est un fourre-tout. Le mégot, le barbecue, l’étincelle de chantier, la ligne électrique y sont comptés. L’acte volontaire aussi. Ce chiffre mêle tout, sans trancher. Il ne dit pas la part des accidents. Et il ne désigne aucune population. Ce que le climat change n’est pas l’allumage. C’est la propagation du feu, une fois parti 4. À Saumos, la cause exacte n’est pas encore établie 7. À Mérignac, une enquête a été ouverte, et la cause n’est pas établie non plus 2.
Ce qui a changé n’est donc pas le nombre de mains qui allument. C’est la surface que chaque feu parcourt une fois parti 4,5.
Une forêt sèche comme de l’amadou
Pourquoi les feux vont-ils aussi loin ? Parce que la végétation était prête à brûler. Trois canicules se sont succédé. Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais mesuré en France 5. À Bordeaux, la barre des 40 °C a été franchie six fois en juin et juillet. Plus que dans les 75 années précédentes réunies 4.
Le poids du réchauffement a été mesuré. Dans le Sud-Ouest, il a rendu ces conditions de feu au moins deux fois plus probables qu’avant l’ère industrielle 5. Et il en a augmenté l’intensité d’environ 46 % 5. Une forêt qui prend feu sous cette chaleur ne s’éteint pas comme les autres. Les fumées de la saison représentent déjà l’équivalent d’environ 4,1 millions de tonnes de CO2, une estimation basse 6.
Le feu n’est plus réservé au Sud. En 2026, la forêt de Fontainebleau a brûlé sur près de 2 050 hectares. Du jamais-vu depuis le début des archives, en 1863 20. Le risque progresse vers le nord, et la saison des feux s’allonge 8. La forêt qui peut brûler n’est plus seulement celle des vacances. C’est parfois celle d’à côté.
Un garde-fou, tout de même. 2026 est la pire année depuis un demi-siècle, mais elle ne dépasse pas le grand feu des Landes de 1949 : 52 000 hectares et 82 morts 7.
Ce que les secours ont tenu
Face aux départs, la lutte française reste efficace. Repérage aérien, attaque du feu dès qu’il naît : près de neuf feux sur dix sont éteints avant cinq hectares 9. C’est un savoir-faire réel, et il sauve des vies. À Saumos, malgré 42 000 hectares, aucun civil n’est mort 1. Les évacuations ont tenu. Les coupes et les pare-feu aussi : 160 kilomètres de pare-feu ont été ouverts en 2026, contre 131 en 2022 4. Ce sont les feux hors norme, poussés par une météo extrême, qui débordent cette doctrine.
Les moyens humains, eux, ne se sont pas effondrés. La France compte 258 641 sapeurs-pompiers, dont 78 % de volontaires 10. Cet effectif est stable depuis quinze ans 11. Les tensions sont réelles, mais elles portent sur les moyens et les conditions de travail, pas sur le nombre 11.
Des Canadair vieux de vingt-cinq ans, et les promesses de 2022
L’outil aérien lourd, lui, est à bout. La flotte compte onze Canadair en 2026, sur douze 12. Les appareils ont autour de vingt-cinq ans 9. Sur le plus grand feu de l’année, vingt-quatre moyens aériens ont été engagés en même temps 1.
Après les méga-feux de 2022, l’exécutif avait promis de passer de douze à seize bombardiers d’eau, et 250 millions d’euros pour l’aérien 13. Quatre ans plus tard, la flotte est toujours à onze 12. Les premiers appareils neufs sont attendus en 2028, les suivants en 2032 et 2033 12. Dès l’automne 2022, la Cour des comptes pointait un manque d’anticipation et une « absence de vision stratégique » 14.
Qui paie, et un modèle « à bout de souffle »
Qui finance tout ça ? Le système est à deux têtes. Le préfet commande les secours sur le terrain. Le département préside et paie. Les départements sont les premiers financeurs des pompiers : 51 % de leur fonctionnement 15. L’État en apporte environ le quart 15.
Ce modèle est « unanimement reconnu comme à bout de souffle », selon le Sénat 16. Et le budget 2026 ne prévoit aucune réforme de son financement 16.
C’est dans ce contexte que les pompiers ont fait grève, le 13 août 2026. Neuf organisations réclamaient un financement durable, des recrutements et la santé au travail comme priorité nationale 17. Une grève de pompiers ne ferme pas les casernes. La loi impose un service minimum, et le préfet peut réquisitionner les grévistes en cas d’urgence 18. Les secours restent assurés.
La rencontre avec le ministre de l’Intérieur les a laissés « très déçus » 19. Un nouvel appel à manifester est fixé au 29 septembre 2026 19.
Le risque, lui, ne redescend pas. Les étés très secs deviennent plus fréquents 5. Avec le réchauffement, la saison des feux s’allonge et gagne le nord 8. Ce ne sont pas les allumeurs qui se multiplient. C’est la forêt qui prend feu plus vite, et plus loin 4,5.
