Le 15 août 2021, les talibans reprennent Kaboul 1. Cinq ans plus tard, l’anniversaire tombe. Et le bilan pour les femmes tient d’abord dans les chiffres, tous datés, tous vérifiables.
Une centaine de décrets, aucun retiré
Environ cent décrets encadrent la vie des femmes. Aucun n’a été retiré 2. Des règles dites provisoires sont restées 2. Elles touchent l’école, le travail, la tenue, les déplacements, la parole en public.
Une loi les a rassemblées. Adoptée en août 2024, elle porte sur « la propagation de la vertu et la prévention du vice ». Elle encadre les gestes, la tenue, la parole et le travail des femmes, et leur place dans la rue 7,8.
Les talibans présentent ces mesures comme une protection. Elles seraient conformes à leur lecture de la religion. Aucune donnée indépendante ne vient étayer ce récit.
L’école fermée aux filles
L’Afghanistan est le seul pays au monde à interdire aux filles le collège et l’université 3,4. En août 2026, 2,4 millions d’entre elles sont privées d’école secondaire. C’est 200 000 de plus qu’un an plus tôt 4.
Le dernier créneau ouvert a fermé fin 2024. Le 2 décembre, sur ordre du chef suprême taliban Haibatullah Akhundzada, la formation médicale a été interdite aux femmes 6. C’était la dernière porte encore entrouverte 6. Un an après, les examens de fin d’études médicales se sont tenus sans une seule femme, pour la deuxième année de suite 8.
Ce vide a un prix pour demain. Une fille privée d’école aujourd’hui, c’est une soignante ou une enseignante en moins dans dix ans. Le nombre d’enseignantes du primaire a déjà reculé, de 73 000 en 2022 à 66 000 en 2024 5.
Il y avait pourtant eu du chemin. Entre 2001 et 2021, le nombre d’élèves avait été multiplié par dix. La scolarisation des filles au primaire avait dépassé 80 %. L’alphabétisation des femmes était passée de 17 % à près de 30 % 3. Ce sont ces acquis que l’interdiction efface.
La moitié de la population active mise de côté
78 % des femmes afghanes sont hors de l’école, de l’emploi et de la formation, selon l’ONU 2,11. Presque la moitié de la main-d’œuvre du pays ne participe plus à l’économie de façon mesurable 2.
Les fonctionnaires femmes ont d’abord été renvoyées chez elles. On leur versait un salaire réduit, 5 000 afghanis par mois. En janvier 2026, elles ont appris qu’elles ne seraient plus payées du tout. Leur poste était supprimé, « sans transparence, ni procédure » 8.
Ce n’est pas seulement une injustice faite aux femmes. C’est une perte pour tout le pays. Les restrictions coûtent déjà 84 millions de dollars par an en production perdue, et la facture s’alourdit avec le temps 5.
Des femmes meurent en couches
C’est le volet le plus grave, et il a deux causes. Il faut les tenir ensemble 10.
D’un côté, les règles talibanes. Pour se déplacer, une femme doit être accompagnée d’un tuteur masculin, y compris pour aller se faire soigner. Des commerces et des cliniques ont reçu l’ordre de ne pas servir les femmes seules 11. Seules des soignantes peuvent traiter les patientes, or on interdit aux femmes de se former 7.
De l’autre, l’argent qui s’est arrêté. En janvier 2025, l’administration Trump a gelé ou résilié plus de 1,7 milliard de dollars d’aide à l’Afghanistan 10. Dès mars, l’OMS recensait 167 centres de santé fermés, et 1,6 million de personnes coupées des soins 10.
Les premières mesures de terrain sont tombées. À Herat, sur les six premiers mois de 2026, la mortalité maternelle à l’hôpital a plus que doublé par rapport à 2025 10. Dans des hôpitaux de la province de Nangarhar, la mortalité des nouveau-nés a augmenté d’environ 60 % en un an 10. Une enquête auprès de 555 soignants dans 30 provinces documente au moins 161 décès évitables, un décompte présenté comme un minimum prudent 10.
Ce constat vient d’une ONG américaine, qui réclame le rétablissement de l’aide de son pays 10. Elle est donc partie prenante du débat. Mais sa méthode est détaillée et ses chiffres sont mesurés au plus bas.
Arrestations, châtiments, mariages forcés
Le risque de violences contre les femmes a augmenté de 40 % sous les talibans, selon l’ONU, et 14,2 millions d’entre elles ont besoin de protection 11. La prise de parole d’une femme en public est qualifiée de faute morale 2.
En juillet, des dizaines de femmes ont été arrêtées à Kaboul pour non-respect du code vestimentaire. Sept journalistes ont été interpellées pour « corruption morale » 11. Sur le terrain, un observatoire afghan constate une hausse nette des arrestations arbitraires, des tortures et des flagellations en 2025 par rapport à 2024 9.
Les châtiments publics se poursuivent. Depuis 2021, douze exécutions ont eu lieu dans des stades. Des châtiments corporels sont appliqués en public « chaque semaine » 8. Le mariage forcé et le mariage d’enfants sont en hausse, malgré un décret censé les interdire 11.
Une justice engagée, mais sans effet
Le 8 juillet 2025, la Cour pénale internationale a émis deux mandats d’arrêt. Ils visent le chef suprême taliban, Haibatullah Akhundzada, et le chef de la justice, Abdul Hakim Haqqani 1. Le motif retenu : le crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre, pour la période allant du 15 août 2021 jusqu’à au moins janvier 2025 1.
Une précision compte. Un mandat d’arrêt n’est pas une condamnation. La Cour estime avoir des « motifs raisonnables de croire », pas la preuve d’une culpabilité. Les deux hommes ne sont ni jugés ni condamnés, et les mandats n’ont pas été exécutés : la Cour dépend des États pour arrêter les personnes visées 1.
Le même mot, persécution de genre, revient chez plusieurs organisations qui ne travaillent pas ensemble 7,9. L’ONU résume : le pouvoir taliban a, dans les faits, « criminalisé la présence des femmes » dans la vie publique 8.
Depuis 2021, un million de filles ont perdu leur droit d’apprendre. Si les portes restent fermées jusqu’en 2030, elles seront plus de deux millions 5.
