Un parcours légal existe, sous conditions
Ce cas est réel et daté 1. Il dit une chose simple. Un étudiant étranger n’a aucun droit au séjour automatique. Il a des cases à cocher, une par une.
La première, c’est la carte « étudiant ». Elle vaut un an au plus 2. Elle autorise à travailler, mais à temps partiel : 60 % d’un temps plein, soit 964 heures par an 2,3. Pas d’autorisation de travail à demander, la carte suffit 3. Dépasser le plafond peut coûter le titre 2.
Après un master, une porte s’ouvre. Le diplômé obtient une carte « recherche d’emploi ou création d’entreprise ». Elle dure un an. Elle n’est pas renouvelable 4,5. Pendant cette année, il peut travailler si l’emploi est lié à ses études et paie au moins 2 800 euros bruts par mois 4,5.
Ensuite, pour rester salarié, il faut un employeur. Et c’est l’employeur qui demande l’autorisation de travail, pas le diplômé 6. Pour le diplômé de master de l’année, l’administration ne peut pas refuser au motif qu’un chômeur déjà présent pourrait prendre le poste 4,6. Un emploi qualifié et bien payé ouvre une carte « talent » de quatre ans 7.
Cette voie a un prix. Un étudiant hors Union européenne paie des frais d’inscription seize fois plus élevés qu’un étudiant français : 2 902 euros en licence contre 178, 3 950 euros en master contre 255 8.
Quand une case saute, l’OQTF tombe
À chaque étape, une case peut manquer. Études jugées peu sérieuses, ressources trop faibles, dépassement des heures, refus au changement de statut, fin de la carte de recherche d’emploi sans emploi. Chacun de ces refus est un motif d’OQTF ordinaire 11.
C’est ce qui s’est passé pour l’étudiante en médecine : un renouvellement refusé, et l’OQTF suit 1.
Un autre parcours dure depuis plus longtemps. Un étudiant en master de cinéma, à Paris depuis 2016. En 2019, la préfecture des Hauts-de-Seine lui notifie une OQTF. Elle invoque un travail au-delà de la limite autorisée et des attaches familiales jugées faibles. Ce sont les motifs de l’administration, contestés en justice. Lui conteste aussi. Sept ans plus tard, la procédure n’est toujours pas finie 1.
Combien sont concernés ? Personne ne le sait
Les étudiants étrangers sont nombreux. 430 466 inscrits dans le supérieur en 2023-2024, 14 % des étudiants, en hausse de 17 % en cinq ans 9. En 2024, les études sont le premier motif de délivrance d’un premier titre de séjour, avec 110 633 titres 10.
Ces deux chiffres ne se comparent pas. Le premier compte un stock d’inscrits accumulé sur plusieurs années. Le second, un flux d’une seule année. Les additionner n’a aucun sens 9,10.
Mais sur la vraie question, il n’y a pas de chiffre. Combien de ces diplômés restent travailler en France ? La statistique publique ne le mesure pas 10.
Combien reçoivent une OQTF ? Pas davantage. Aucune source officielle ne classe les OQTF selon la situation d’avant : étudiant, diplômé, ou refusé au changement de statut 1,11.
Des pourcentages circulent pourtant. Sur des sites spécialisés, on lit qu’une large part des OQTF d’étudiants viendrait de refus de renouvellement. Ce chiffre ne repose sur aucune statistique publique 1. D’autres chiffres, sur la part de diplômés qui restent, tournent aussi. Ils viennent de cercles engagés dans le débat migratoire, et s’appuient sur une donnée européenne, pas française 9,10. Aucun compte français neutre n’existe.
Environ 140 000 OQTF par an, une sur dix exécutée
À l’échelle du pays, les OQTF sont massives. Environ 140 000 sont prononcées chaque année, 137 730 rien qu’en 2023 1,11.
Une OQTF n’est pas une condamnation. C’est une décision administrative du préfet, pas une peine de justice. Elle ne figure pas au casier judiciaire. Moins de 2 % reposent sur une condamnation pénale 11,1.
Un taux aussi bas ne veut pas dire qu’ils restent tous. Il additionne des départs volontaires que personne ne compte, des recours gagnés, des régularisations, et les refus des pays d’origine de reprendre leurs ressortissants 11.
Le recours change tout. Déposé dans les délais, il suspend l’éloignement. Il peut aussi annuler l’OQTF 11. C’est exactement ce qui a sauvé l’étudiante en médecine 1.
Des mesures votées, jamais appliquées
En janvier 2024, une loi immigration prévoyait trois mesures pour les étudiants étrangers. Une caution « retour ». Une condition d’études « réelles et sérieuses ». Des frais majorés 12.
Aucune n’est entrée en vigueur. Le Conseil constitutionnel les a censurées le 25 janvier 2024 12.
Le motif compte. Elles n’ont pas été jugées sur le fond. Elles ont été retirées pour un défaut de procédure : elles n’avaient pas leur place dans ce texte. Elles peuvent revenir par un autre 12.
Les frais seize fois plus élevés, eux, existent depuis 2019. Longtemps, des exonérations les ont neutralisés. Un décret de 2026 les a resserrées 8.
Reste la question de départ. Que deviennent ces diplômés ? L’État les forme. Il leur fait payer seize fois le tarif national. Il ne compte pas ce qu’ils deviennent. Ni combien restent, ni combien repartent, ni combien reçoivent une OQTF. Le décompte n’existe pas 10,1.
