Une championne avant les enfants
Auriane Mallo-Breton est épéiste. Née à Lyon en 1993, gauchère, elle a 32 ans 1. À Paris 2024, elle remporte deux médailles d’argent. Une en individuel, une par équipes 1. Avant Paris, elle était déjà trois fois championne d’Europe par équipes 1. Un palmarès de tout premier plan.
Une précision honnête accompagne le portrait. Elle n’a jamais été championne du monde en individuel 6. Le titre mondial 2022 revient à la Coréenne Sera Song 6. Son but, au retour, n’est donc pas de reconquérir une couronne. C’est de retrouver les toutes meilleures.
Deux fois le même chemin
Le plus frappant, c’est qu’elle l’a fait deux fois. Son fils Mathis naît en juillet 2021 3. Une semaine avant les Jeux de Tokyo, qu’elle laisse filer 2. Le choix est assumé.
« Soit j’essaie de faire un bébé et je reviens le plus tôt possible pour Paris, soit je tente Tokyo. »
Elle choisit l’enfant, et vise Paris. Un an après l’accouchement, elle est championne d’Europe par équipes 2. Trois ans plus tard, elle est vice-championne olympique 1. Puis son deuxième enfant, Sam, naît en 2025 4. Et le même chemin recommence.
Comment on revient
Reprendre après une grossesse ne s’improvise pas. La reprise est progressive. Elle raconte être remontée sur le vélo sept semaines après l’accouchement 2. Au deuxième retour, elle peut s’appuyer sur l’expérience du premier.
Vient ensuite le classement. Pas de raccourci. Elle repart plus bas et reconstruit par les résultats 2,4. La suite se lit en trois dates. Bronze au Grand Prix de Budapest en avril 4. Or par équipes aux championnats d’Europe d’Antony en juin, où elle scelle la victoire française en finale contre la Hongrie, 42 à 36 5. Quart de finale aux Mondiaux de Hong Kong en juillet 6.
Il y a aussi le nerf de la guerre. Depuis 2023, elle vit de son sport. Des sponsors et l’Agence nationale du sport lui ont permis d’arrêter son métier de kinésithérapeute 3. L’effet est concret. Récupérer, au lieu de cumuler deux emplois. Elle dit pouvoir « profiter de [son] fils […] plutôt qu’aller bosser le lendemain » 3.
Reste le ressort le plus intime. La maternité vécue comme moteur.
« À la naissance de mon fils en 2021, je me suis sentie forte, je voulais le montrer au monde de l’escrime. »
Une protection qui manquait là où ça compte
Son parcours éclaire un point moins connu. Elle a raconté ce retour de 2021, rendu dur par les règles. Elle dit qu’« on [lui] a fait comprendre qu’il fallait repartir de zéro » 2. Ce n’était pas qu’une impression.
En France, la fédération protège les tireuses. Une escrimeuse empêchée de concourir pour cause de maternité peut faire geler son classement national 7. Sa place est mémorisée, pendant douze mois après l’accouchement 7. Mais ce gel ne vaut que pour le classement national.
Or ce n’est pas ce classement qui ouvre les grandes échéances. C’est le classement international. Et à ce niveau, longtemps, rien de tel n’existait. En 2025, c’est la France qui a porté la question devant la fédération internationale 8. La proposition : geler les points dès la grossesse déclarée, et rouvrir douze mois après la naissance 8. Le débat n’est pas clos. Son adoption définitive n’est pas encore confirmée 8. Mais la brèche est ouverte, et c’est une fédération française qui l’a poussée.
Ce que les faits disent
Deux enfants, deux retours. À chaque fois, le très haut niveau mondial retrouvé. À Hong Kong, elle s’incline en quart contre la championne du monde 2022, 11 à 7 6. Pas une médaille. Mais une place parmi les toutes meilleures, à 32 ans, après une pause maternité 6. Elle l’avait dit : « tu prouves que c’est possible » 2.
