Un rocher qui était un trésor
Giacomo De Mola est un pêcheur en apnée, champion, originaire d’Ancône 9. Sa découverte est un hasard. Une anomalie au sondeur l’a poussé à plonger 5. Ce qu’il prend d’abord pour un rocher est, pour la presse locale, « un trésor » 5,10. Il a raconté l’instant 1 :
« La visibilité n’était pas au mieux. Je me suis approché. Et j’en ai eu le souffle coupé. Sous mes pieds se trouvait une immense étendue d’amphores. »
Il alerte aussitôt un archéologue sous-marin 9. Le site remonte ensuite à la Soprintendenza del Mare de la Région sicilienne. Elle lance l’étude et la protection 3. La découverte est annoncée le 8 août 2026 par les carabiniers du patrimoine culturel 3. L’opération a réuni leur unité de Palerme, l’unité subaquatique de Messine et un patrouilleur de Trapani 2,3.
L’épave repose à 46 mètres de fond, à trois milles nautiques de la côte, soit environ cinq kilomètres et demi 2,3. Le tas d’amphores s’étend sur vingt et un mètres de long et six de large, d’après le plongeur 5. Ce chiffre n’est pas un relevé publié. Sur le fond gisent des centaines d’amphores, deux jas d’ancre en plomb et un objet en plomb non identifié 3,4.
Rien de tout cela n’est encore fouillé. Il s’agit d’une première inspection. Les recherches vont se poursuivre 2.
Ce que racontent des centaines d’amphores
La plupart de ces amphores sont d’un même type, la Dressel 1A 2. Ce détail date le navire. Ce modèle circule à la fin de la République romaine, aux IIe et Ier siècles avant notre ère 4,6. L’épave a donc environ 2 100 ans.
Ce type d’amphore est le grand conteneur du vin italien de cette époque 6. Ce modèle était produit surtout en Italie tyrrhénienne, de l’Étrurie à la Campanie. Il se retrouve autour de la Méditerranée occidentale, en Gaule, en Grande-Bretagne et jusque sur le Rhin 6. Là où il apparaît, il trace une route du commerce italien. Le lieu de l’épave le confirme. La Sicile servait de passage entre la péninsule, le reste du bassin et l’Afrique du Nord 3.
Un mot de prudence. Aucune analyse de son contenu n’a été annoncée. Le vin est déduit du type d’amphore, pas d’une mesure 4. Le communiqué officiel parle d’amphores « de type Dressel 1A », pas d’un résultat d’analyse 2.
Un fleuve de vin vers la Gaule
Le commerce que cette cargaison illustre était énorme. Vers la seule Gaule, une estimation savante chiffre entre 55 et 65 millions les amphores exportées 7. Le compte court sur deux siècles, le IIe et le Ier avant notre ère. C’est un ordre de grandeur reconstruit, qui dépend d’hypothèses de calcul, pas une mesure. Il dit l’ampleur du flux, il ne mesure pas cette épave.
Ce vin partait d’Italie et descendait vers le nord. Le mouvement était à sens unique, et massif.
Un négoce qui précède les légions
La variante retrouvée ici est d’avant César, produite pour l’essentiel dès le IIe siècle avant notre ère selon les épaves recensées 6. La conquête de la Gaule par Rome vient après, entre 58 et 51 avant notre ère. Le vin a donc précédé les légions. Le commerce et l’expansion de Rome avançaient ensemble.
Ce vin avait aussi un coût humain. En Italie, il sortait de grands domaines où travaillaient des esclaves 8. Côté gaulois, l’esclave était l’une des contreparties du vin, avec des minerais d’argent et de cuivre, des étoffes et des jambons 8. Le flux de vin partait dans un sens, une part des personnes dans l’autre.
Ce que fige l’épave n’est donc pas une carte postale. C’est un négoce réel, déséquilibré, adossé à l’esclavage, tourné vers une Gaule que Rome allait bientôt absorber.
Ce que l’épave n’a pas encore dit
D’où venait ce navire ? Où allait-il ? Les réponses manquent encore 3. Le contenu exact des jarres reste à analyser. La date sera confirmée par la fouille. Après vingt et un siècles au fond, la cargaison est restée en très bon état 1. Elle est sur le point de livrer ce qu’elle transportait, et par où elle passait.
