Au 1er août, le tarif réglementé de l’électricité doit augmenter de 2,5 %, environ 26 euros de plus par an pour un foyer moyen. Ce jour-là pourtant, les taxes sur l’électricité baissent. Et sur un an, le coût de l’énergie a reculé. Ce qui monte, c’est le péage des réseaux. Pour une raison qui surprend : un hiver trop doux.

Trois blocs dans chaque facture

Le prix du kilowattheure n’est pas un chiffre unique. Il s’obtient en additionnant des blocs de coûts. La loi impose cette méthode, dite par empilement 2.

Trois grands blocs composent la facture. L’énergie elle-même, achetée sur les marchés, pèse environ 39 %. Le transport de cette énergie jusqu’à la prise, environ 28 %. Les taxes, environ 33 % 3. Ce sont des ordres de grandeur, mesurés fin 2025.

Aucune de ces parts n’est figée. Le poids des taxes suit les décisions de l’État. Il valait 35 % fin 2018, puis 22 % au début 2024 sous le bouclier tarifaire, puis 33 % fin 2025 4. La fiscalité dans la facture est donc elle-même un choix politique, pas une donnée fixe.

Ces choix ne pèsent pas sur tous de la même façon. En août 2025, l’unification de la TVA à 20 % a été calibrée pour rester neutre en moyenne 12. Mais un petit consommateur, dont l’abonnement pèse lourd dans sa facture, a pu la voir grimper. Un gros consommateur, lui, y gagnait 12.

La hausse d’août vient du réseau

Au 1er août, la hausse proposée est de 2,5 % 1. Elle ne vient ni de l’énergie ni des taxes. Trois éléments jouent. Deux poussent vers le haut, un vers le bas.

Le péage des réseaux monte : 3,04 % pour la distribution, 3,34 % pour le transport 5. Un mécanisme de capacité s’ajoute. Et l’accise, la principale taxe sur l’électricité, baisse légèrement 1. La taxe tire donc vers le bas ce jour-là.

Reste le réseau. Et sa hausse n’a rien à voir avec de nouveaux travaux.

L’hiver 2025 a été plus doux que prévu. Les foyers ont moins chauffé, donc moins consommé. Les recettes du gestionnaire du réseau ont été inférieures de 231,6 millions d’euros aux prévisions 5. Or ce réseau coûte à peu près la même chose, qu’on consomme beaucoup ou peu. La régulation lui garantit ses recettes prévues. Le manque à gagner est donc rattrapé l’année suivante, sur le tarif 5.

La loi plafonne ce rattrapage à 3 % par an. Sans ce plafond, la hausse du réseau aurait atteint 3,93 % 5. Ce n’est donc ni un surcoût de l’énergie, ni une nouvelle taxe, ni un effort d’investissement.

Personne ne décide seul

Sur ce prix, il n’y a pas un décideur unique. Trois pouvoirs se partagent trois leviers.

Le Parlement vote les taxes, chaque année, dans la loi de finances 6. Il fixe aussi, par la loi, la méthode de calcul du tarif 2. C’est le levier le plus politique.

La Commission de régulation de l’énergie calcule le reste. Elle propose l’évolution du tarif et fixe le péage des réseaux 1. C’est une autorité administrative indépendante, pas le gouvernement.

Les ministres, eux, ont surtout un droit de veto. La proposition de la Commission est adoptée d’office si aucun ministre ne s’y oppose sous trois mois 7. Le silence vaut accord. C’est pour cela que la hausse d’août reste, à ce stade, une proposition, pas encore un arrêté signé 1.

Aucun de ces acteurs ne fixe le prix à lui seul.

La courbe n’a pas fait que monter

Sur dix-huit mois, le tarif a d’abord beaucoup baissé. Au 1er février 2025, il a reculé de 15 %, environ 190 euros de moins par an pour un foyer type 8. La chute des prix de gros de l’énergie l’a porté.

Un an plus tard, en février 2026, il bouge à peine, une baisse de 0,83 % 1. Puis vient la hausse de 2,5 % en août. Même après elle, le tarif reste très en dessous de son niveau de début 2024 1. La courbe a d’abord fortement baissé, puis se réajuste à la marge.

Le vrai point de vigilance est ailleurs

Le sujet de fond est structurel, et il ne concerne pas la hausse d’août. Fin 2025, un dispositif a disparu : l’ARENH. Depuis 2011, il obligeait EDF à vendre une partie de son électricité nucléaire à prix fixe, 42 euros le mégawattheure 9. C’était un amortisseur.

Un nouveau système l’a remplacé début 2026. Il ne redistribue aux clients que si les revenus du nucléaire dépassent 78 euros le mégawattheure 10. En 2026, ce seuil ne devrait pas être atteint 11.

Pour l’instant, la situation reste favorable. Le coût de l’énergie a reculé, d’environ 103 à 64 euros le mégawattheure 11. Mais cette accalmie tient surtout aux prix de gros bas. Si le marché remonte durablement, le tarif serait plus exposé qu’avant, avec moins de coussin 11.