Une alerte partie d’une vraie étude
L’érythritol remplace le sucre dans quantité de produits. Sodas sans sucre, chewing-gums, desserts allégés. L’alerte, elle, n’est pas sortie de nulle part.
En février 2023, une revue médicale de premier rang publie une étude sérieuse 1. Elle mesure l’érythritol dans le sang de patients suivis en cardiologie. Le résultat est net. Plus ce taux est haut, plus les accidents cardiaques sont fréquents. Infarctus, AVC, décès, comptés sur trois ans.
L’étude va plus loin. En laboratoire, à la dose trouvée chez ces patients, l’érythritol fait s’agglutiner les plaquettes du sang. Ce sont elles qui forment les caillots. Chez la souris, il accélère la formation d’un caillot. Le mécanisme est plausible.
Depuis, le signal a grossi. En 2025, il est retrouvé chez des personnes ordinaires, pas des malades du cœur 6. La même année, une méthode conçue pour tester une cause, et non une simple coïncidence, trouve un effet du côté des artères 7. Ce n’est donc plus « juste une corrélation ».
Le sang, pas l’assiette
Il reste un problème, et il change tout. Ces études mesurent l’érythritol du sang. Pas l’érythritol avalé. Or le corps en fabrique lui-même, en permanence, à partir du sucre 2. Il en produit d’autant plus qu’il va déjà mal. Diabète, surpoids, reins fatigués.
Un taux élevé dans le sang peut donc être un signe de la maladie, pas sa cause. Le thermomètre, pas la fièvre.
Un fait tranche la question. Dans de vieilles études, du sang avait été prélevé avant que l’érythritol ne serve d’édulcorant. Déjà, un taux élevé annonçait les accidents cardiaques 2. Ce taux ne pouvait pas venir d’un aliment encore absent des rayons. Il venait du corps.
Dès la parution de l’alerte, des spécialistes indépendants ont dit la même chose. La dose testée dépassait ce qu’un adulte avale en une journée entière, et rien ne justifiait de jeter ses édulcorants 3. Même l’étude causale de 2025 le reconnaît. Ses auteurs écrivent que leur mesure reflète le métabolisme du corps, « pas forcément » l’apport alimentaire 7.
Personne, à ce jour, n’a montré que manger de l’érythritol provoque un AVC.
Trois produits, une seule peur
L’alerte parle d’« un édulcorant ». Elle en mélange trois, étudiés par des équipes et des méthodes différentes.
L’érythritol est le mieux documenté. Le xylitol, un cousin, n’a fait l’objet que d’une seule étude, par la même équipe, jamais confirmée ailleurs 4. C’est le maillon le plus fragile.
L’aspartame est un cas à part. Une grande enquête française a suivi plus de 100 000 personnes pendant douze ans 5. Les plus gros consommateurs d’aspartame y avaient près d’un tiers d’AVC en plus. Un lien réel, mais tiré d’un seul groupe, et à la limite du hasard. Ici, au moins, ce sont les quantités avalées qui sont comptées, pas un taux sanguin. Mais tout repose sur des habitudes déclarées par les participants. Et le groupe suivi n’a rien d’ordinaire. Des volontaires en ligne, à 79 % des femmes attentives à leur santé.
À qui profite le doute
Le même doute vaut dans les deux sens. Côté alerte, l’auteur principal des études sur ces sucres de substitution détient des brevets sur le diagnostic cardiaque et des contrats avec l’industrie 1. Cela n’efface pas ses résultats, publiés dans des revues sérieuses. C’est une donnée de contexte.
Côté rassurance, l’agence européenne de sécurité des aliments a jugé l’érythritol sûr fin 2023 8. Mais elle répondait à une autre question. Son seuil de sécurité vise l’effet laxatif du produit, pas le cœur. Et son avis est antérieur à l’étude causale de 2025.
Un point passe plus inaperçu. Cette même agence note que la consommation réelle dépasse déjà la dose qu’elle recommande, dans tous les groupes de population 8.
Ce qui est établi, ce qui ne l’est pas
Sur le danger cardiaque, les agences ne tranchent pas. Sur autre chose, elles disent la même chose depuis des années. Les édulcorants n’apportent aucun bénéfice prouvé. Ni pour le poids, ni contre le diabète 9,10. L’Organisation mondiale de la santé déconseille même de s’en servir pour maigrir 9. Son conseil tient en une ligne. Réduire le goût sucré, pas remplacer le sucre par un faux sucre.
Le tableau se résume vite. Un signal existe, réel et répété. Il n’a rien d’une invention. Mais aucune étude n’a montré que consommer ces édulcorants déclenche un AVC ou un infarctus. Ni la panique ni le « tout va bien » ne collent aux faits.
Reste une chose établie, elle. Ces produits ne font ni maigrir ni reculer le diabète. Et l’érythritol, au cœur de l’alerte, le corps en fabrique chaque jour, tout seul.
