À la cantine, un enfant regarde un légume qu’il ne connaît pas. Avant, il l’aurait repoussé. Là, il goûte. À Dijon, depuis 2021, 38 écoles servent 8 000 repas par jour autour d’une idée simple : apprendre à goûter s’enseigne, comme lire ou compter. Le 22 septembre, ce programme a annoncé son extension à toute la France.

Un aliment nouveau, et l’envie de le porter à sa bouche

L’idée n’est pas neuve. Les « classes du goût » sont enseignées dans les écoles françaises depuis 2012 8. Des séances où l’enfant sent, touche, compare, met des mots sur ce qu’il mange. Ce que la recherche en dit est solide.

Une étude française l’a mesuré avec un groupe témoin. Après une douzaine de séances, les enfants osent davantage goûter des aliments qu’ils ne connaissent pas 3. Leur méfiance devant la nouveauté recule. Le même résultat a été retrouvé à Séoul, sur d’autres enfants 4. Un enfant qui ose goûter, c’est un enfant qui découvre. Et souvent, un légume de plus dans l’assiette.

Et ça aide d’abord les enfants qui en mangent le moins

En Finlande, cette éducation au goût va de pair avec un choix réel de légumes, de fruits et de baies, pas seulement une envie déclarée 5. Devant un buffet, ces enfants se servent et mangent davantage de ces aliments.

Et le lien est plus net chez les enfants dont la mère a le moins étudié 5. Les enfants qui mangent le moins de légumes chez eux sont donc ceux que l’école aide le plus. Une réserve, par honnêteté : cette étude observe un lien, elle ne prouve pas à elle seule la cause. Mais c’est le seul levier du dossier qui réduit une inégalité, et il va dans le bon sens.

Ce que Dijon met en avant, et ce que prépare la loi

À Dijon, chaque midi, les enfants notent leurs plats sur des bornes en sortant de table, environ 1 600 avis par jour 1. Ceux qui portent le programme en tirent un bilan : le gaspillage aurait reculé de 54 %, et les plats végétariens seraient jugés aussi appréciés que la viande 1. Le résultat est encourageant. Il vient aussi de ceux qui ont conçu le dispositif, pas d’un contrôle indépendant. À prendre comme un signe, pas comme une preuve.

Le programme, lui, sort de sa ville. Le 22 septembre 2026, l’association qui l’accompagne a annoncé vouloir l’étendre à toute la France 2. Le calendrier et le nombre d’écoles visées, eux, ne sont pas encore connus.

Le cadre légal bouge aussi. Une proposition de loi a été votée en première lecture à l’Assemblée nationale, le 16 février 2026 7. Elle prévoit, à titre d’essai sur trois ans, une éducation à l’alimentation dans les écoles volontaires. Au primaire, au moins trois séances par an, qui peuvent se prolonger à la cantine 7. Rien n’est définitif : le texte doit encore passer au Sénat, et il ne concernera que les établissements qui le souhaitent.

Pourquoi la cantine, tous les jours, tombe juste

La recherche est honnête sur une limite. L’effet d’une poignée de séances isolées ne dure pas. Dix mois plus tard, dans l’étude française, il avait disparu 3. Le goût ne se règle pas en douze leçons, une fois pour toutes.

Mais l’essai le plus rigoureux montre autre chose, et de plus utile 6. Ce qui pousse un enfant à goûter, ce n’est pas un dressage de son caractère. C’est le cadre : une activité où l’on explore, où goûter devient normal et sans enjeu. Là, même les enfants les plus réticents tentent volontiers une bouchée 6.

Ce cadre-là, répété jour après jour, une cantine l’offre mieux que personne. Pas douze séances dans l’année, mais un rendez-vous quotidien. Le public est considérable : 8,5 millions d’enfants déjeunent à la cantine chaque semaine en France 1.

C’est là que le changement d’échelle trouve sa force. Pas dans un effet magique du programme. Dans un lieu où, chaque jour, un enfant peut regarder un aliment qu’il ne connaît pas et décider de le goûter.