Un drapeau, un régime, une réappropriation
Les deux images ont été révélées le 23 août 2026 par une enquête de Mediapart, reprise par la presse 1. La première a été prise au quartier Colonel-de-Chabrières, à Nîmes 1. C’est le siège du 2e régiment étranger d’infanterie, une unité de la Légion étrangère 1. La seconde vient d’un exercice aux Émirats 1. Sur les deux, le même drapeau à bandes vertes et blanches.
Ce drapeau a une histoire précise. La Rhodésie a déclaré son indépendance le 11 novembre 1965 2. Un gouvernement de minorité blanche y organisait la domination des colons sur une population très majoritairement noire 2. Le drapeau vert et blanc a été adopté en 1968 2. Il est resté en service jusqu’en 1979, quand le régime a pris fin 2. Ce n’est pas une vieille bannière coloniale parmi d’autres. C’est l’emblème d’un régime de ségrégation.
De la Rhodésie à un signe de ralliement
Depuis les années 2010, des groupes suprémacistes blancs ont adopté ce drapeau 2,3. Ils idéalisent la Rhodésie en « cause perdue » 2. L’Anti-Defamation League, organisation américaine de référence sur les symboles de haine, le classe parmi les signes suprémacistes 3.
Son cas le plus connu est un meurtre de masse. En 2015, un homme a tué neuf fidèles noirs dans une église de Charleston, aux États-Unis 3. Il arborait un écusson du drapeau rhodésien et avait signé ses écrits « The Last Rhodesian » 2,3.
Ce drapeau est recherché pour une raison simple. Il est moins reconnaissable que la croix gammée ou le drapeau confédéré 2,3. C’est un signe de ralliement discret 3.
Ce que la photo montre, et ce qu’elle ne prouve pas
Une photo n’est pas un verdict. Poser avec ce drapeau déclenche une enquête, pas une condamnation. Ce que chacun a en tête relève de l’instruction, disciplinaire ou pénale, pas de l’image seule.
Le ministère indique avoir identifié les militaires 1. Ils sont sous procédure, pas jugés, et n’ont pas à être nommés. La présomption d’innocence vaut pour eux comme pour tout autre. Séparer le signalement du verdict n’est pas minimiser. C’est la règle.
Comment l’institution est censée traiter le signalement
Un militaire ne relève pas du statut des fonctionnaires civils 4. Il dépend du statut général des militaires 4. Poser avec un tel symbole est d’abord un manquement à la discipline et à la dignité 4.
Les sanctions se rangent en trois groupes 4. Le premier va de l’avertissement aux arrêts 4. Le deuxième touche l’avancement et la solde 4. Le troisième est le plus lourd : radiation des cadres ou résiliation du contrat, c’est-à-dire l’exclusion de l’armée 4. La procédure est contradictoire 4. Un juge peut vérifier que la sanction reste proportionnée 4.
Le disciplinaire et le pénal sont deux voies distinctes. Une sanction interne à l’armée n’empêche pas des poursuites devant la justice, pour provocation à la haine raciale par exemple. L’inverse est vrai aussi.
« Aucune tolérance » : une phrase, et un passé
Interrogé, le ministère a fait connaître sa position.
« Les armées françaises ne tolèrent aucune manifestation à caractère raciste, suprémaciste ou extrémiste. »
Il annonce une procédure pouvant mener à des « sanctions disciplinaires sévères » 1. Cette phrase est une prise de position, pas un constat. Le ministère juge ici son propre bilan. Il est partie prenante.
Or le phénomène n’est pas nouveau. Selon Mediapart, le gouvernement a été alerté dès 2020 et 2021 1. Une enquête de 2020 portait sur une cinquantaine de militaires liés à des actes qualifiés de néonazis 1. Le ministère avait alors parlé de « dérives individuelles » 1. Le même cadrage revient à chaque signalement.
La prudence vaut dans les deux sens. Une série de cas n’est pas une mesure d’ampleur. Personne ne dispose d’un décompte consolidé du nombre de militaires concernés. Dire « l’armée est infiltrée » dépasse les faits. Dire « cas isolé sans portée » aussi.
Reste une distinction simple. La grille des sanctions dit ce qui est encouru, pas ce qui est prononcé 4. L’exclusion est possible sur le papier. Ce qui sera décidé au bout de la procédure n’est pas connu. « Sévères » est donc une promesse, à mesurer sur les suites.
Un signe qui circule au-delà de la France
Le cas français n’est pas isolé. En avril 2026, une douzaine de militaires suisses ont été photographiés avec le même drapeau 1. Les images venaient d’un compte en ligne nostalgique de la Rhodésie 1. Ils risquaient une amende ou des jours d’arrêt 1. Le même signe circule dans plusieurs armées, porté par les mêmes réseaux.
Ce drapeau a été choisi pour ne pas se voir. Chaque photo le rend pourtant visible, et oblige l’institution à trancher. Ce qui sera prononcé, et non annoncé, dira comment l’armée traite ces signalements.
