Une partie du risque tient à des gestes ordinaires
La démence fait peur, et pour de bonnes raisons. 57 millions de personnes dans le monde vivaient avec elle en 2021 8. Aucun traitement ne la guérit ni ne l’arrête 8. Mais une autre partie de l’histoire est moins connue. Elle est encourageante.
Près de la moitié des cas de démence sont liés à des facteurs sur lesquels on peut agir. C’est le résultat d’un vaste travail international qui a passé en revue quatorze d’entre eux 1.
Ce chiffre est un potentiel de population. Il suppose que tous ces facteurs disparaissent, partout. Ce n’est pas une promesse pour une personne seule. Plus de la moitié du risque reste hors de portée : l’âge, les gènes, des causes encore inconnues 1.
Les leviers, eux, sont concrets. Une audition qui baisse et qu’on ne corrige pas. Un cholestérol trop élevé. Le manque d’activité physique. Le tabac, la tension, le diabète. L’isolement, aussi 1. L’essentiel se joue au milieu de la vie. Mais le rapport insiste : il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour agir 1.
Les gènes pèsent, ils ne décident pas de tout
Reste la part qu’on ne choisit pas. Le principal facteur génétique de la forme commune d’Alzheimer est un gène appelé APOE, dans sa version ε4. Entre 15 et 25 % des gens en portent une copie. De 2 à 5 % en portent deux 6.
Porter cette version augmente le risque. Elle ne le rend pas certain. Des personnes qui la portent ne développent jamais la maladie 6. Les plus exposées sont celles qui en ont deux copies, environ 2 % de la population. Chez elles, le risque grimpe fort et les premiers signes arrivent plus tôt. Il n’atteint pas pour autant la certitude 7.
Le mode de vie compte aussi pour les plus exposés
C’est le cœur de la bonne nouvelle. Un suivi de 196 383 personnes de 60 ans et plus l’a mesuré 2. Celles qui cumulaient un mode de vie sain avaient moins de démence. Quatre habitudes comptaient : ne pas fumer, bouger, bien manger, boire peu. Ce constat tenait à tous les niveaux de risque génétique.
Chez les plus exposées par leurs gènes, un mode de vie favorable allait de pair avec environ un tiers de risque en moins qu’un mode de vie défavorable 2. Le bénéfice ne s’effaçait pas chez elles. Il restait entier.
Deux réserves d’honnêteté. L’écart en valeur absolue reste modeste : sur huit ans, moins d’un cas de différence pour cent personnes 2. Et c’est une étude d’observation. Elle montre un lien, pas la preuve que le mode de vie, à lui seul, fait la différence 2.
Les essais, eux, apportent cette preuve d’un autre côté. En Finlande puis aux États-Unis, sur plus de 2 000 personnes au total, agir sur le mode de vie a amélioré ou mieux préservé la cognition. Le bénéfice était le même quel que soit le gène APOE 3,4,5. Leur limite est nette : ces essais durent deux ans et mesurent des tests de mémoire, pas des cas de démence évités 5.
Tout converge donc dans le même sens. Aucune étude, pour autant, ne promet d’éviter la maladie à une personne donnée. Réduire un risque n’est pas empêcher une maladie. Les deux méritent d’être dits.
Ce qui protège le cœur protège la tête
Ces gestes n’agissent pas par magie. Ce qui protège le cœur et les vaisseaux protège aussi le cerveau. La tension, le cholestérol, le tabac, l’activité physique reviennent des deux côtés 1. Le mécanisme est le même.
Une dernière chose, souvent oubliée. Le mode de vie n’est pas qu’une affaire de volonté. Bien manger, se soigner, corriger son audition, respirer un air propre dépendent aussi des moyens de chacun. Ces facteurs de risque sont plus répandus chez les personnes défavorisées 1. Il y a là une bonne nouvelle de plus : une partie du levier relève de l’action publique, pas du seul effort individuel 1.
Rien de tout cela ne guérit la démence. Aucune étude ne promet de l’écarter à coup sûr. Mais le tableau est clair. Les gènes pèsent, ils ne ferment pas la porte. Et les gestes les plus simples, marcher, mieux manger, garder des liens, gardent de la valeur, même pour ceux que l’hérédité expose le plus 2. Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour s’y mettre, résume le rapport international 1.
