Un déficit à 168 milliards, bien réel
Le chiffre est lourd. En 2024, l’État a dépensé 168,6 milliards d’euros de plus qu’il n’a encaissé 1. Cela représente 5,8 % de toute la richesse produite dans le pays. La dette totale atteint 3 305 milliards, soit plus que le PIB d’une année entière 1.
S’inquiéter d’un tel montant est légitime. Chaque année, rembourser les intérêts de cette dette coûte plus cher 4. Autant d’argent qui ne va pas ailleurs. Savoir où passe l’argent public est une bonne question.
Reste à voir où ce trou se creuse.
La sécurité sociale, elle, est à l’équilibre
Premier point, souvent oublié. Le déficit est presque entièrement celui de l’État. À lui seul, il pèse 152,5 milliards 1.
La sécurité sociale, elle, ne creuse pas ce trou. C’est elle qui verse les retraites, rembourse les soins et paie les allocations. En 2024, elle a même dégagé un léger excédent, 2,3 milliards 1.
Autrement dit, la branche qui distribue les prestations sociales n’est pas en déficit. Elle est à l’équilibre. Le trou se loge dans le budget de l’État.
Ce qui a creusé les comptes depuis 2017
Sur la durée, une cause domine. Entre fin 2016 et fin 2023, la dette française a augmenté de 911 milliards 2. C’est la plus forte hausse de toute la zone euro. Ailleurs, la dette a plutôt reculé.
La France est même un cas à part. Chez ses voisins, le déficit s’est creusé parce que les dépenses ont monté. En France, c’est l’inverse. Ce sont les recettes qui ont reculé, de 1,7 point de PIB, pendant que les dépenses, elles, restaient stables 2.
Pourquoi moins de recettes ? Parce que plusieurs impôts ont été baissés depuis 2017. La taxe d’habitation sur les résidences principales, supprimée pour presque tous les foyers. L’impôt sur les bénéfices des entreprises. Les impôts dits de production. Les principales baisses approchent 50 milliards par an 3. Le coût net de l’ensemble des mesures atteint environ 44 milliards. C’est le chiffrage officiel, celui du gouvernement lui-même. Et il n’a pas été compensé par des économies 3.
Ces baisses ne font pas tout, loin de là. Le premier moteur de la dette accumulée reste un déficit déjà élevé avant 2017 2. Cet héritage explique 50 à 70 % de la hausse de la dette. Les mesures décidées depuis 2017 en expliquent 20 à 35 % 2.
La Cour des comptes a tranché un point pour l’année 2023. Elle refuse d’y voir un simple « accident » de recettes 4. Elle pointe deux choix : des baisses d’impôts maintenues, près de 11 milliards, et l’absence d’économies 4.
Et en 2024 ? Cette année-là, la dépense a pesé plus que les recettes 1. Le moteur, ce sont les prestations sociales, en hausse de 5,5 %, revalorisées pour suivre l’inflation 1. Il s’agit des retraites et des allocations versées à tous. Pas des aides aux personnes étrangères.
Le chiffre de 40 milliards que ses auteurs rejettent
Reste ce fameux coût de 40 ou 54 milliards attribué à l’immigration. D’où sort-il ? De calculs simples, mais faux 5.
Selon les cas, on multiplie une moyenne calculée sur trente ans par la richesse d’une seule année récente. Ou bien on additionne des dépenses sans jamais soustraire ce que ces personnes versent en impôts et en cotisations 5. On compte la moitié de l’addition.
Les chercheurs dont les études servent à bâtir ce chiffre le démentent. L’un d’eux l’a dit sans détour :
« Ce chiffre n’est pas issu de mes travaux. » 5
Un autre, dont l’organisation internationale est citée elle aussi, parle d’« une interprétation fallacieuse » de ses travaux 5.
Ce que coûtent l’aide médicale et l’asile
Que pèsent, alors, ces aides ? Deux dispositifs sont visés. L’aide médicale d’État soigne les personnes en situation irrégulière. Elle a coûté 1,26 milliard en 2024, soit 0,3 % des dépenses de l’État 8. Le budget de l’asile, qui accueille les demandeurs, tourne autour de 1,4 milliard 9.
Ces deux aides relèvent de budgets et de publics différents. On les additionne souvent à tort. Même réunies, elles pèsent entre 2,5 et 3 milliards. Face à un déficit de 168,6 milliards, cela fait environ 1,5 % 1.
Et au périmètre le plus large ? La « politique migratoire » complète, contrôles et expulsions compris, pèse près de 7,8 milliards 9. Ce n’est plus seulement des aides. Même ainsi, on reste sous 5 % du déficit. Les supprimer en totalité ne changerait le déficit qu’à la marge.
Une fois les recettes comptées
Il manque encore une moitié du calcul. Les personnes immigrées coûtent, mais elles paient aussi des impôts et des cotisations. Une fois les deux comptés, leur solde s’équilibre à peu près 6,7. Les travaux disponibles le situent tout près de zéro, dans un sens ou dans l’autre.
Un dernier chiffre remet tout à l’échelle. Les retraites pèsent 407 milliards par an, plus de cent fois les aides aux étrangers 10. Pourtant, leur système est presque à l’équilibre 10.
Reste ce chiffre de 40 milliards, entré dans le débat. L’étude censée le fonder mesure un solde proche de zéro. Les aides versées aux personnes étrangères, elles, représentent environ 1,5 % du déficit. Le reste, l’essentiel, se joue entre ce que l’État dépense et ce qu’il a cessé d’encaisser.
