Ce qui était sur la table
À l’automne 2025, le gouvernement a présenté une mesure au Sénat 1. Le but : baisser le remboursement des cures thermales. Sur les soins, le taux passait de 65 % à 15 % 1,2. Pour les malades de longue durée, remboursés à 100 %, il tombait à 65 % 2. Le gain espéré : environ 200 millions d’euros 1. C’était un objectif affiché, pas une économie constatée.
Le budget de la Sécurité sociale a été adopté le 16 décembre 2025. Sans cette mesure 1. Le remboursement reste le même pour 2026. Mais la Cour des comptes veut rouvrir le dossier 3. Rien ne dit qu’il ne reviendra pas. La vraie question n’est donc pas qui a perdu. C’est qui aurait payé.
Qui aurait payé d’abord
En 2024, 471 613 personnes ont suivi une cure remboursée 6. Plus de huit sur dix pour des douleurs articulaires 6. Une population plutôt âgée. Beaucoup sont soignées pour une maladie qui dure.
Aujourd’hui, sur les soins, le reste à charge tourne autour de 160 euros 7. Avec la mesure, il aurait dépassé 300 euros de plus, avant mutuelle 7. Le remboursement des soins serait tombé sous 25 euros 7. Une mutuelle peut en prendre une partie, selon le contrat 7.
Le point le plus dur est ailleurs. Les malades de longue durée ne paient rien aujourd’hui 5. La mesure leur faisait apparaître un reste à charge 2. Ce sont les plus atteints, souvent les plus âgés. Ceux, aussi, qui reviennent chaque année.
Les villages qui vivent de l’eau
Les cures ne font pas vivre que les curistes. Elles font vivre des communes entières. Sept villes thermales sur dix comptent moins de 5 000 habitants 6. En Occitanie, en Auvergne, dans le Sud-Ouest, l’établissement est parfois le premier employeur du coin.
La filière compte 9 442 emplois directs 6. Et les cures remboursées font 90 % de son chiffre d’affaires 6. Une baisse de remboursement frappe donc une activité qui en dépend presque entièrement.
La filière avance aussi des chiffres plus larges. Près de 100 000 emplois avec les emplois indirects 6. Un élu d’un territoire thermal parle, lui, de 4,8 milliards d’euros de retombées et de 25 000 emplois 2. Ces nombres viennent d’acteurs qui défendent la filière. Ils reposent sur des estimations, pas sur un décompte. À lire comme un plaidoyer, pas comme un fait.
Ce qui est solide, c’est l’exposition : 90 % du chiffre d’affaires accroché au remboursement. En revanche, personne n’a chiffré les emplois qui seraient perdus. Ni la filière, ni un organisme indépendant.
Une économie réelle, mais modeste
Combien coûtent les cures à la Sécurité sociale ? La Cour des comptes écrit 250 millions d’euros pour 2023 3. La filière et la presse avancent plutôt 350 millions 6,7. L’écart tient au périmètre retenu : les soins seuls, ou la cure entière. Les deux chiffres ne se confondent pas.
Rapporté à l’ensemble, c’est peu. La filière parle de 0,15 % des remboursements 6. L’ordre de grandeur tient. Mais 200 millions d’euros restent 200 millions d’euros. Le montant est marginal en part, réel en valeur.
Ce que dit vraiment la science
Reste la question de fond. Est-ce que ça marche ?
Deux lectures s’opposent. La Cour des comptes range les cures parmi les soins « à efficacité limitée » 3. Elle pointe un fait gênant : le service rendu d’une cure n’a jamais été évalué par la Haute Autorité de santé 3. Pour un médicament, cette évaluation est obligatoire. Pour une cure, non. On rembourse sans l’avoir mesurée.
Car non évaluée ne veut pas dire inutile. Des essais l’ont mesurée, sur des maladies précises. Sur l’arthrose du genou, 462 patients : la douleur baisse nettement plus après une cure 4. Sur l’anxiété, un essai a comparé la cure à un antidépresseur de référence, et la cure a fait mieux 4. Sur le surpoids, un bénéfice tenu sur un an 4. Ces essais sont français, tirés au sort, contrôlés.
L’inverse est vrai aussi. « Prouvée » serait tout aussi faux. Ces résultats valent pour quelques maladies, pas pour la cure en général 4. Et un point reste ouvert : on ne sait pas si l’eau minérale fait mieux qu’une eau ordinaire 4. La filière elle-même le reconnaît 4. Hors arthrose, anxiété, surpoids et jambes lourdes, la preuve est faible ou absente.
L’arbitre qu’on n’a jamais appelé
Voilà où tout se noue. On rembourse ces cures depuis des décennies sans que l’arbitre scientifique ait tranché 3. On a failli les dérembourser sans l’attendre davantage 2. Dans les deux sens, la décision passe avant la mesure.
La Cour des comptes propose justement de saisir la Haute Autorité de santé 3. Elle pourrait dire, maladie par maladie, ce qui mérite un remboursement, et à quel taux 3. C’est la pièce qui manque depuis le début.
La coupe a été écartée. L’évaluation, elle, n’a toujours pas eu lieu.
