La surprime a grimpé, et ce n’est qu’un début
Cette hausse n’est pas un hasard. Elle a été décidée par arrêté 1. Le motif officiel tient en une phrase. Les dégâts climatiques augmentent, et cette cotisation n’avait pas bougé depuis près de 25 ans 1. Pour un ménage, un assureur chiffre l’effet à environ 41 euros par an, contre 25 avant 2.
Les chiffres récents sont lourds. En 2022, les assureurs ont indemnisé 10,6 milliards d’euros de dégâts climatiques 3. De la grêle et une sécheresse d’une ampleur inédite depuis 40 ans 3. Bien plus que la moyenne des années d’avant.
Un raccourci circule pourtant. Le climat ferait exploser le coût de l’assurance. C’est en partie faux. La fédération des assureurs projette 143 milliards d’euros de dégâts cumulés d’ici 2050 4. Le changement climatique pèse pour un tiers dans la hausse projetée, environ 24 milliards 4. Le reste vient d’ailleurs. Le pays a construit plus de biens, plus chers, dans des zones à risque 4.
Le réassureur public, lui, projette une sinistralité en hausse de 40 % d’ici 2050 sous le seul effet du climat 5. Le sens est clair, même si ces chiffres mesurent des choses différentes. Les dégâts vont coûter beaucoup plus cher.
Le régime qui couvre ces dégâts est public. Une surprime obligatoire sur chaque contrat, et la garantie de l’État en dernier recours 1. Chacun paie la même part, où qu’il habite. C’est le principe de la mutualisation.
Reste une question d’argent gênante. La hausse de janvier rapporte environ 1,2 milliard d’euros par an au régime 1. Une partie devait aller à la prévention, par un fonds dédié 1. Un rapport du Sénat a constaté l’inverse. Depuis 2021, ces recettes servent surtout à combler le déficit du régime, pas à prévenir les dégâts 1.
Et un choix lourd approche. Faut-il continuer à faire payer tout le monde pareil ? Ou faire payer plus ceux qui vivent en zone exposée ? Une mission commandée par le gouvernement penche pour moduler la cotisation selon le risque de chaque zone 3. Le but affiché est d’éviter que les assureurs délaissent les secteurs les plus touchés 3. Le revers est direct. Les habitants les plus exposés paieraient davantage. Certains pourraient ne plus être couverts du tout 3.
Dans les champs, c’est surtout l’impôt qui paie
Le climat frappe aussi l’assiette. En 2024, la récolte de céréales à paille a chuté de 22 % par rapport aux cinq années précédentes 6. En cause, des conditions climatiques extrêmes 6.
Face à ça, la France a réformé son assurance récolte en 2023 7. L’État subventionne désormais 70 % de la prime d’assurance 7. Au-delà d’un certain niveau de pertes, la solidarité nationale prend le relais 7. Autrement dit, le contribuable.
Le coût est déjà programmé. L’assurance récolte représente une enveloppe d’environ 600 millions d’euros par an d’argent public 8. Cet argent vient de l’Europe, par la politique agricole, et du budget de l’État 8. Le marché privé seul ne porte pas ce risque.
Et la couverture reste faible. Seules 30 % des surfaces agricoles sont assurées contre le climat 6. Franchises, délais de versement, une branche qui perd de l’argent de façon chronique 6. Beaucoup d’agriculteurs restent donc exposés, avec pour seul filet la solidarité nationale.
Le surcoût va grimper. Une projection officielle l’estime entre 3 et 4 milliards d’euros par an d’ici 2050 pour l’agriculture, selon le périmètre retenu 9. Un défaut du système inquiète surtout. L’indemnité se calcule sur une moyenne des rendements récents 10. Quand les mauvaises années s’accumulent, cette référence baisse 10. Donc l’indemnité diminue au moment où l’agriculteur en aurait le plus besoin 10. L’outil censé protéger s’affaiblit à mesure que le climat se dégrade.
Les canicules, une facture d’abord humaine
Le coût le plus lourd des canicules ne se compte pas en euros. Il se compte en morts. La canicule de 2003 a causé environ 15 000 décès en excès 11. Depuis, les étés meurtriers se répètent. Entre 2017 et 2024, les canicules ont été liées à 11 700 décès, selon un décompte gouvernemental 21.
Un chiffre demande de la prudence. Ces décomptes n’ont pas tous le même périmètre, ils ne se comparent pas tels quels 12. Mais une constante revient. Les personnes de 75 ans et plus forment les trois quarts des victimes 12. Et le danger ne se limite pas aux pics médiatisés. La plupart des décès surviennent lors de chaleurs modérées mais prolongées, hors canicule officielle 12.
Cette facture sanitaire est portée par tous. À l’été 2022, les fortes chaleurs ont provoqué plus de 17 000 passages aux urgences et 10 000 hospitalisations 13. Donc l’assurance maladie, donc le contribuable.
Le coût économique existe aussi. Un assureur estime qu’un épisode de forte chaleur coûte à la France environ 9 milliards d’euros 14. Ceux qui trinquent en premier, ce sont ceux qui travaillent dehors. Le bâtiment, l’agriculture 14. Au-delà de 33 degrés, un travailleur perd environ la moitié de sa capacité 14.
S’adapter coûte aussi. Les Français dépensent déjà environ 3,5 milliards d’euros par an en climatisation 15. Mais cette réponse a un piège. En ville, un climatiseur rejette la chaleur dehors 15. Le froid dedans fabrique du chaud dans la rue. Chacun refroidit son logement et réchauffe le quartier de tous 15.
Une autre voie marche mieux. Végétaliser les villes ferait baisser la température de 2 à 3 degrés, selon un dossier gouvernemental 21. Un fonds public y a mis 223 millions d’euros en deux ans 21. Moins spectaculaire qu’un climatiseur, mais utile à tout le monde.
Personne n’a tranché qui doit payer
Au total, combien coûte l’adaptation de la France ? Personne n’a de chiffre d’ensemble. Un institut spécialisé milite pour investir davantage. Il a recensé 1,7 milliard d’euros de crédits publics dédiés à l’adaptation en 2025 17. Il refuse d’en tirer un coût total 17. Le montant dépend de choix qui n’ont pas été faits. Que protéger, que transformer, que laisser tomber 17.
Ce même travail pointe un vide.
« Il n’existe pas, à ce jour, de vision globale par les pouvoirs publics de l’enjeu du financement de l’adaptation à l’échelle nationale. » 17
La question est donc tranchée bout par bout. Une surprime ici, une subvention là. Jamais dans son entier.
Et l’action reste surtout réactive 17. Les moyens se débloquent après coup, après chaque canicule, après chaque incendie 17. Or anticiper coûte moins cher. Intégré à un chantier déjà prévu, s’adapter renchérit la facture de moins de 5 % 16. Réparer après coup coûte bien plus.
Reste une idée fausse à écarter. Un argument circule : il suffirait de s’adapter, au lieu de réduire les émissions. Les données disent le contraire. S’adapter ne remplace pas prévenir 18. Plus le climat se réchauffe, moins l’adaptation protège 18. Et même une action précoce ne supprime pas toutes les pertes 18. L’État lui-même ne pose pas l’un contre l’autre. Son plan prépare le pays à un climat plus chaud, tout en gardant l’objectif de réduire les émissions 19. Se préparer au pire n’est ni un but ni un renoncement.
Un rapport public le dit sans détour : retarder l’effort coûte plus cher 20.
Au bout du compte, la facture de l’adaptation est déjà là. Elle se paie surtout en commun, par l’impôt et par la surprime mutualisée 1,8. Le marché seul ne la porte pas. Mais elle ne frappe pas tout le monde pareil 3. Les personnes âgées, les isolés, ceux qui travaillent dehors, les ménages modestes mal assurés sont les plus exposés 6,12. La question n’est pas de choisir entre s’adapter et prévenir. Elle est de décider qui paie. Aucune décision d’ensemble n’a encore été prise.
