Près de sept fois plus qu’en l’an 2000
En baie de Seine, le stock de coquilles pèse aujourd’hui près de sept fois ce qu’il pesait en 2000. Le chiffre vient de l’institut public qui mesure la ressource, rapporté par l’AFP 2. Ce n’est pas une impression. C’est un comptage, refait chaque année, en mer.
Chaque été, un navire scientifique quadrille la baie. Il descend une drague en une centaine de points, parfois plus 7. Il en remonte les coquilles, les trie, les compte, les mesure. De là sort une estimation du stock, avant que la pêche n’ouvre. Ce suivi tourne depuis un demi-siècle, dès les années 1960 à Saint-Brieuc, le milieu des années 1970 en Manche 3. Il a commencé quand les populations s’épuisaient. Elles ont grossi depuis.
Deux ressorts tiennent ces populations, et ils ne pèsent pas pareil. Le premier, c’est la règle. Les pêcheurs ont réduit la voilure : saison fermée l’essentiel de l’année, pêche d’octobre à mai, par courts créneaux horaires 5. Les dragues ont des anneaux plus larges, 97 millimètres depuis 2017 en Bretagne Nord, sur toute la France depuis 2021, qui laissent filer les petites coquilles 4. Une taille minimale protège les jeunes, 110 millimètres en baie de Seine, 105 à Saint-Brieuc. En baie de Seine, une zone est mise au repos chaque année, et elle tourne 3. Les décisions se prennent avant chaque saison, ensemble, scientifiques, pêcheurs et administration réunis en Commission coquilles 5.
L’Ifremer relie la bonne tendance « observée depuis le milieu des années 2010 » à cette gestion 3. C’est plausible, les deux avancent ensemble dans le temps. Mais l’institut comme la filière ont tout intérêt à le dire, et personne n’a mesuré ce que la règle apporte toute seule. Car le second ressort échappe à tout contrôle. La naissance des coquilles varie fort d’une année sur l’autre, selon la survie des larves et la météo en mer. « Il suffit d’une semaine de temps froid ou de mer très agitée » pour faire basculer une génération 2.
La saison, baie par baie
À Saint-Brieuc, le stock pourrait atteindre environ 74 700 tonnes sur la saison, une fois les coquilles grossies 1. Si cette projection se confirme, ce serait 5 % de plus qu’en 2025, et le plus haut niveau jamais vu depuis le début des campagnes 1,2. Le mot juste reste « si » : le record est une prévision, pas une pesée. Il tient à un reliquat très important de coquilles ayant déjà passé une saison.
En baie de Seine, le tableau est différent. Le stock exploitable est estimé à 84 189 tonnes, en baisse de 30 % sur l’an dernier, où il frôlait les 120 000 tonnes 1,4. Une chute de près d’un tiers, ça sonne comme une alerte. Ce n’en est pas une, selon l’institut qui l’a mesurée : une baisse de cet ordre « est une fluctuation interannuelle normale pour une population » 2. La cause est connue. La génération née deux ans plus tôt est la plus faible des six dernières années, et une part a déjà été pêchée au printemps 1. Le reste du stock, lui, reste solide : plus de 60 % vient de coquilles qui ont survécu à au moins une saison 1.
Et la suite s’annonce bien. Une forte vague de juvéniles d’un an, repérée cet été, laisse entrevoir une biomasse « potentiellement record en 2027 » 1,6. La pêche ouvrira en novembre. Chaque année, la Normandie en débarque environ 20 000 tonnes 6. Un chiffre à ne pas confondre avec le stock mesuré en mer : on ne pêche pas tout ce qui est compté.
L’institut qui compte dit de ne pas pêcher plus
Hausse à Saint-Brieuc, baisse en baie de Seine : la consigne est la même des deux côtés. Ne pas augmenter les prélèvements, garder les règles en place, continuer de surveiller 1. La hausse n’est pas une invitation à pêcher plus.
Une inconnue pèse sur cette prudence. Les fortes chaleurs de l’été 2026 ont-elles touché les coquilles ? À ce stade, personne ne le sait, et l’institut le dit lui-même.
« À ce stade, nous ne savons pas encore si les canicules survenues cet été auront un impact sur les populations. Il est donc essentiel de ne pas augmenter les quantités prélevées. »
La coquille Saint-Jacques est la première pêcherie de France, près de 3 000 marins sur quelque 700 navires 1. Son stock de la baie de Seine pèse aujourd’hui près de sept fois ce qu’il pesait en l’an 2000 2. L’été qui vient de passer dira s’il tient encore.
