Une méduse-boîte de quelques millimètres
Ces petits cubes sont des méduses-boîtes. On les appelle ainsi pour leur cloche en forme de cube 1,2. Celle-ci est presque transparente. Elle porte quatre tentacules. Au sommet, quatre ventouses lui servent à se fixer quand elle se repose 1,2.
Elle est minuscule. Sur 239 individus mesurés, la cloche fait entre 0,9 et 5,8 millimètres de haut 1.
Chacun de ses organes des sens porte six yeux 1. L’équipe l’a baptisée Copula lucentia. Le nom vient de Lucentum, le nom latin d’Alicante 2.
Un fond de rochers et d’herbier, à deux pas de la plage
Elle vit des deux côtés de l’Illeta dels Banyets. C’est une petite avancée rocheuse d’environ un hectare, à El Campello 1. Le fond fait moins d’un mètre et demi. Il mêle rochers, sable et taches d’herbier de posidonie 1. Le site est une zone naturelle protégée, dans une commune balnéaire 1.
Pour l’instant, c’est le seul endroit au monde où elle est connue 1,2. C’est aussi le point le plus au nord jamais atteint par son genre 1.
Les récoltes ont duré trois automnes, de 2016 à 2018. Il y a eu 21 sorties de nuit, d’août à novembre 1. Aucune méduse en août. 154 en septembre. 368 en octobre. Deux seulement en novembre 1. Toutes étaient des femelles pas encore adultes 1.
Le doute, puis le spécimen perdu
Au départ, rien ne dit que l’espèce est nouvelle. Son genre, Copula, ne comptait alors qu’une seule espèce connue 1,3. Elle vit dans le Pacifique, l’océan Indien et aux Bahamas 1. Mais l’animal d’El Campello ne colle pas tout à fait.
« Al principio nos extrañó porque era muy pequeña para la época del año y tenía algunas características morfológicas que no nos cuadraban. » (Au début, cela a surpris l’équipe : elle était très petite pour la saison, et certains traits de sa forme ne collaient pas.)
C’est ce que raconte la première autrice de l’étude, dans le communiqué de son université 2.
Pour trancher, il faut comparer avec le spécimen de référence. C’est l’animal sur lequel l’espèce cousine a été décrite, aux Philippines. Il est rangé au musée d’histoire naturelle de Londres 1. Problème : il a été prêté en 1964 et jamais rendu 1.
L’équipe l’a retrouvé, presque soixante ans plus tard. Il dormait dans une collection de l’Université Victoria de Wellington, en Nouvelle-Zélande. Il est revenu à Londres en 2020 1.
Un bec d’oiseau contre une patte
La comparaison confirme le genre. Elle montre aussi une autre espèce 1. Le signe le plus net est au bord de la cloche, sur une fine membrane. Ses petits canaux ont une forme différente.
Chez Copula lucentia, ils sont étroits et pointus, comme « un bec d’oiseau ». Chez l’espèce cousine, ils sont larges et en lobes arrondis, comme « une patte » 1.
D’autres détails suivent 1 :
- la cloche porte des verrues chargées de cellules qui piquent, petites et rondes au lieu d’être grosses et ovales
- les deux pointes au-dessus de chaque organe des sens sont deux fois plus courtes
- l’animal est environ deux fois plus petit que le spécimen des Philippines
La preuve par les gènes
Reste l’épreuve de l’ADN. L’équipe a lu deux petits morceaux de son code génétique, sur trois individus. Ces séquences sont déposées dans une banque publique, consultable par tous 1.
L’écart avec les cousines du Japon et d’Australie atteint environ 20 % sur l’un des deux morceaux 1. Dans l’arbre de parenté, les méduses espagnoles forment une branche à part 1.
Cet écart dit autre chose. Selon les auteurs, il est trop grand pour une espèce introduite à l’époque récente, celle où l’humain transforme la planète. Elle n’aurait pas eu le temps d’accumuler autant de différences 1. La méduse n’est donc pas une nouvelle venue. Elle était là, sans nom. Vu son nombre, l’équipe suppose qu’elle est bien installée sur place 1.
La description a été publiée le 20 août 2024, dans une revue scientifique relue par d’autres chercheurs 1. Le registre mondial des espèces marines l’a inscrite le lendemain 3. Le genre Copula compte désormais deux espèces 1,3. Selon l’équipe, c’est la deuxième méduse-boîte connue en Méditerranée 1.
Une famille plus grande que prévu
Les séquences d’ADN réservent une surprise de plus. Sous le nom de l’espèce cousine se cachent en fait plusieurs espèces encore sans nom, ailleurs dans le monde 1. Les auteurs appellent à revoir tout le genre 1.
Plus de deux cents méduses récoltées en 2026
Huit ans après les dernières récoltes, l’équipe est revenue en 2026. Avec l’Oceanogràfic de Valencia, elle a récolté plus de 200 exemplaires 2. Pour la première fois, l’espèce vit en aquarium, selon le responsable des méduses de l’Oceanogràfic 2. Le but est de les amener jusqu’à l’âge où elles peuvent se reproduire 2.
Bien des questions restent ouvertes. Ce qu’elle mange, comment elle se reproduit, où elle vit ailleurs, et à quel point elle pique 1,2. Le communiqué de l’université la dit « inoffensive pour l’humain » 2. L’étude est plus prudente. Aucune piqûre n’a été sentie en manipulant des centaines d’individus. Aucune piqûre n’a été attribuée à l’espèce dans la zone. Mais le risque ne peut pas être exclu sans études dédiées 1. L’étude rappelle aussi qu’en Australie, l’espèce cousine a piqué des plongeurs. Les piqûres étaient douloureuses, avec rougeurs et cloques pendant des heures, sans effet sur le reste du corps 1.
Certains exemplaires sont exposés au MedusaLab de l’Oceanogràfic de Valencia, où on les observe à la loupe 2. Un travail sur son alimentation est annoncé 1.
Elle vivait là, à moins d’un mètre et demi de fond, dans une commune balnéaire. Il a fallu des lampes, des gobelets et un spécimen retrouvé en Nouvelle-Zélande pour lui donner un nom.
