Un empire, de sa naissance à sa chute
Le Codex Azcatitlan suit l’histoire des Mexicas du début à la fin 1. Il commence par un départ. Un peuple quitte Aztlán, sa terre d’origine, à moitié réelle, à moitié légendaire 2. Il marche longtemps. Il finit par fonder Tenochtitlan, la ville qui deviendra le cœur de l’empire 2.
Viennent ensuite les souverains, l’un après l’autre 4. Puis la conquête espagnole, entre 1519 et 1521 4. Puis les premières années de la colonisation 4. Le récit s’arrête vers 1527, juste après la mort du dernier empereur aztèque, Cuauhtémoc 4.
Les pages montrent des scènes précises. Des guerriers coiffés de plumes. Des cérémonies au sommet de temples en forme de pyramide 1. On ne compte pas les chapitres de la même façon selon les sources 4. Mais le fil est le même partout : la marche, l’empire, la conquête, la colonie.
Un objet fait de deux mondes
Le manuscrit mélange deux façons de dessiner 1. Celle des artistes du Mexique d’avant la conquête. Et celle de la Renaissance européenne, qui venait d’arriver 4. On y voit du relief, de la profondeur, des ombres, à la manière des peintres d’Europe 4. Deux mains différentes ont sans doute travaillé dessus 4. C’est une hypothèse, pas une certitude 4.
L’objet lui-même est modeste et précieux 3. Vingt-cinq feuillets de papier venu d’Europe, sans filigrane 3. Chaque feuille est illustrée des deux côtés 3. Environ vingt-deux centimètres sur vingt-neuf 3. Les pages se plient en accordéon, à la façon des livres d’avant la conquête, mais elles sont reliées à l’européenne 4.
Le manuscrit n’est pas complet 3. Il manque au moins trois feuillets, perdus au fil du temps 3. Sa date reste incertaine, quelque part entre le milieu du XVIe siècle et le XVIIe 3,4. Il a traversé les siècles jusqu’ici.
Comment il est arrivé en France
Son voyage jusqu’à Paris est long et trouble 3. Au XVIIIe siècle, il appartient à un collectionneur, avant que celui-ci ne soit expulsé de la colonie 3. En 1743, les autorités coloniales espagnoles saisissent toute sa collection 3. Le manuscrit reste un temps abandonné dans un palais 3. Un érudit le récupère en partie 3.
Il change ensuite plusieurs fois de mains 3. Un collectionneur français l’achète vers 1830 3. Un autre le rachète en 1889 3. En 1898, la veuve de ce dernier le donne à la Bibliothèque nationale de France 3. Le manuscrit y est resté depuis.
Les dépêches parlent d’un manuscrit conservé en France depuis deux siècles 1. Le compte est arrondi 3. Il entre dans une collection française vers 1830, à la Bibliothèque nationale en 1898 3.
Un prêt, pas un retour
Le mot « retour » peut tromper. Le Mexique n’a pas récupéré le manuscrit. La France le prête, le temps d’une exposition 1. Deux feuillets sont montrés, jusqu’à la fin de l’année 1,2. Ensuite, le Codex Azcatitlan repart à Paris 1. Il reste la propriété de la Bibliothèque nationale de France 1.
Le prêt a un motif officiel : les deux cents ans de relations diplomatiques entre la France et le Mexique 1,2.
Une autre demande existe, plus lourde. En 2025, la présidente mexicaine a demandé au président français de rendre ce manuscrit, et un second du même genre 1,2. De le rendre pour de bon, cette fois. La France a voté en mai 2026 une loi sur la restitution des biens culturels pris de façon illicite 5. Elle permet de rendre une œuvre par décret, après l’avis d’un comité 5. Elle vise les biens acquis entre 1815 et 1972 5. Les deux manuscrits mexicains n’y ont pas été inscrits 1.
Le manuscrit est entré dans les collections françaises pendant la période que vise la loi 3,5. Mais la loi ne rend rien toute seule. Chaque cas doit être examiné à part 5. Celui-ci ne l’est pas pour l’instant 1. Reste une question de fond que les documents ne tranchent pas : la manière dont le manuscrit a quitté le Mexique, entre saisie coloniale et achats successifs, relève-t-elle d’une appropriation illicite 3,5 ? Le débat est ouvert.
Ce qui compte, ces mois-ci
Pour quelques mois, deux pages de cette histoire sont visibles là où elle s’est écrite 1,2. Un peuple en marche depuis Aztlán, ses rois, la conquête, la colonie : tout cela a tenu sur du papier fragile pendant des siècles 3. Le papier est toujours là. Et il est de retour, un instant, chez lui.
