Il vaut 153 euros par an en moyenne. Pour un ménage modeste, c’est une part de la facture d’électricité. En 2024, environ un million de foyers y avaient droit pour la première fois. Beaucoup venaient de déménager ou avaient vu leurs revenus baisser. L’État a ouvert un guichet pour les rattraper. Au 31 décembre, 175 000 avaient reçu le chèque.

À qui s’adresse le chèque énergie

Le chèque énergie est une aide de l’État. Elle existe depuis 2018. Elle a remplacé les anciens tarifs sociaux de l’énergie 1. Elle sert à payer une facture d’électricité, de gaz, de fioul, de bois ou de GPL. Elle peut aussi financer certains travaux 1.

Une seule condition compte : le revenu. Le revenu fiscal de référence du foyer doit rester sous 11 000 euros par unité de consommation 2. Cette unité compte une personne seule pour un, la deuxième pour une demie 1. Le montant va de 48 à 277 euros par an. En moyenne, il tourne autour de 153 euros 1.

Le budget total tourne autour de 900 millions d’euros 6. En avril 2024, environ 5,5 millions de foyers l’ont reçu automatiquement 3. En 2026, ils ne sont plus qu’environ 4,5 millions à être servis 1. Le nombre de bénéficiaires recule. Une partie de cette baisse tient à un mécanisme qui s’est cassé.

Ce qui a cassé la distribution

Jusqu’en 2023, l’attribution était automatique. L’administration croisait deux fichiers : l’impôt sur le revenu et la taxe d’habitation 4. La taxe d’habitation disait qui habitait dans le logement. Elle servait aussi à compter les personnes du foyer 4.

Cette taxe a disparu pour les résidences principales au 1er janvier 2023 3. Avec elle, l’administration a perdu l’information qui reliait un revenu à un logement occupé 4. Le lien est direct et documenté. Sans cette donnée, l’attribution automatique ne pouvait plus fonctionner pour les nouveaux ménages.

Le problème ne vient pas des ménages. Il vient d’une donnée disparue des fichiers de l’administration.

Un premier projet de texte ne prévoyait de reconduire que les bénéficiaires de 2023 4. Les nouveaux entrants n’étaient pas prévus. Or l’administration estime qu’environ un million de ménages accèdent au chèque pour la première fois chaque année 4. Ce sont eux qui risquaient de ne rien recevoir.

Qui passe à travers les mailles

Les profils exposés sont connus. Des foyers qui viennent de se former. Des personnes qui ont déménagé. Des ménages dont le revenu a baissé, et qui deviennent éligibles cette année-là 4. S’y ajoutent les habitants de résidences sociales, d’EHPAD et de logements-foyers. Dans ces logements, le compteur n’est pas au nom de l’occupant 4.

Pour rattraper ces ménages, l’État a ouvert un guichet en ligne, de juillet à décembre 2024 3. Mais la démarche en ligne écarte ceux qui n’ont pas accès au numérique. Souvent les plus modestes et les plus âgés 3.

Le résultat est chiffré. Le gouvernement a compté près de 175 000 chèques attribués par ce guichet 3. Il présente ce guichet comme un rattrapage. Rapporté au million de nouveaux éligibles, cela laisse environ quatre foyers sur cinq sans chèque 3.

Un ciblage imprécis, dans les deux sens

Une partie des foyers a du mal à payer son énergie. L’observatoire de la précarité énergétique en compte de l’ordre de 3,2 millions 7. Le problème d’attribution, lui, est récent. Le mauvais ciblage est plus ancien. Un rapport de la Cour des comptes l’a mesuré sur les années 2018 à 2020 5.

Deux chiffres, en sens inverse. Environ un quart des ménages en précarité énergétique ne reçoivent pas le chèque 5. Et environ la moitié de ceux qui le reçoivent ne sont pas en précarité 5.

Le même rapport pointe d’autres limites. Un chèque émis sur cinq n’est jamais utilisé 5. Le montant reste jugé trop faible pour peser sur une facture d’énergie 5. Et l’usage pour des travaux de rénovation est quasi nul : moins de 900 foyers par campagne 5.

La réponse budgétaire

Début 2025, le Sénat a voté une baisse du budget. 180 millions d’euros en moins, sur environ 900 millions 6. Le même vote a validé un nouveau mode d’identification, par le compteur électrique 6.

Des sénateurs de gauche ont alerté sur un risque : un non-recours encore plus large 6. Ils demandaient d’élargir l’aide jusqu’au niveau du SMIC, et de financer plutôt la rénovation des logements 6. Ce sont des positions d’élus, pas des faits établis.

Le nouveau système et son angle mort

Depuis, l’attribution passe par un autre fichier. L’administration croise les données fiscales avec le numéro du compteur électrique 2. Les gestionnaires de réseau et les fournisseurs fournissent la liste 2. Un amendement du gouvernement visait à garder l’automatique 6.

Mais ce nouveau système bute sur le même obstacle. Dans un logement social, un EHPAD ou un logement-foyer, le compteur n’est pas au nom de l’occupant 2,4. Là, le croisement ne retrouve pas le bénéficiaire. Le cas n’est pas réglé.