Une obligation, pas une recette de l’État
Le dispositif s’appelle les certificats d’économie d’énergie. Il existe depuis une loi de 2005 4. Son principe est simple. L’État oblige les vendeurs d’énergie à faire faire des économies d’énergie à leurs clients. Ces vendeurs financent des travaux (isolation, pompe à chaleur, chaudière), ou ils achètent des certificats à d’autres 3,4.
Les vendeurs concernés sont ceux d’électricité, de gaz, de fioul et de carburant 3. Le carburant est bien dans la liste. C’est ce qui rend l’idée d’un coût « à la pompe » recevable.
Un point tranche le débat sur le mot « taxe ». Rien de cet argent ne va à l’État. Le dispositif est ce que l’administration appelle « extra-budgétaire » : il ne passe pas par le budget public 3,4. Les vendeurs paient l’obligation, puis reportent ce coût sur leurs prix.
La Cour des comptes le formule sans détour. Le dispositif « équivaut au plan économique à une taxe sur les consommations d’énergie », mais « il n’en a pas la qualification juridique » 5. Autrement dit : oui, ça coûte au consommateur. Non, ce n’est pas une recette de l’État.
La comparaison éclaire l’écart. Les vraies taxes sur le carburant, elles, vont à l’État. L’accise atteint 61 centimes par litre de gazole, 67 pour l’essence, et la TVA de 20 % s’ajoute par-dessus. Ensemble, elles pèsent environ 53 % du prix du gazole 7. Les certificats, eux, ne rejoignent pas ce circuit.
Ce que paie un ménage
En 2023, chaque ménage a financé le dispositif à hauteur de 164 euros en moyenne, tous canaux confondus 5. C’était 120 euros en 2022. Cela représente un peu plus de 4 % des factures d’énergie 5. Le coût total du dispositif tourne autour de 6 milliards d’euros par an 5.
Sur le seul carburant, le montant est disputé, et il faut le dire tel quel. La fédération des pétroliers avance environ 11 centimes par litre avant 2026, puis 16 à 17 centimes depuis le 1er janvier 6. C’est le chiffre que reprend Bruno Retailleau, jusqu’à « 8,50 euros sur un plein » 1. Le gouvernement, lui, dément ce niveau : « ça ne pèse pas 15 centimes sur le prix à la pompe, c’est moins que cela » 2.
Aucun de ces deux camps n’est neutre. La fédération pétrolière porte l’obligation et veut la voir baisser. Le gouvernement défend son dispositif. Aucune source indépendante ne fixe le montant exact. Le chiffre reste une estimation, pas un fait établi.
Pour des millions de gens qui n’ont pas le choix de prendre leur voiture, chaque centime au litre compte. Ce constat-là est réel. Il ne dit pas pour autant que le montant annoncé est le bon.
Un point est faux, en revanche. Le dispositif n’a pas « doublé » au 1er janvier. Un décret d’octobre 2025 a relevé l’enveloppe de 6 à 8 milliards d’euros par an, soit un tiers de plus 6. Un tiers de plus n’est pas le double.
Un dispositif critiqué, mais pas condamné
La critique ne vient pas que de ses adversaires. En septembre 2024, la Cour des comptes a rendu un rapport sévère. Les économies affichées seraient surévaluées « d’au moins 30 % », car elles sont calculées en théorie et jamais mesurées après les travaux 5. Le dispositif reste « confronté à d’importants phénomènes de fraude », surtout sur les chantiers chez les particuliers 5.
Reste à lire le rapport en entier. Son titre parle d’un dispositif « à réformer », pas à supprimer 5. La Cour laisse deux options au législateur : l’abandonner, ou le réformer en profondeur. Ses sept recommandations portent toutes sur la réforme 5. Citer ce rapport pour justifier une suppression pure, c’est n’en garder que la moitié.
« Je demande au gouvernement la suppression immédiate des certificats d’économies d’énergie sur les carburants. » 1
Reste une accusation précise. Cette « taxe », dit encore Bruno Retailleau, aurait servi « au subventionnement de véhicules électriques chinois » 1. Le programme visé est le leasing social : une location de voiture électrique réservée aux ménages modestes, sans apport 2,8. Son enveloppe est plafonnée, pour 50 000 véhicules 8. Et l’aide dépend d’un score qui tient compte du lieu de fabrication de la voiture, ce qui écarte les modèles produits en Chine 8. Le score porte sur l’usine, pas sur la marque. L’affirmation n’est pas établie.
Qui gagnerait à la fin
Supprimer le dispositif rendrait quelques centimes au litre, à court terme. Mais la question suivante se pose rarement : à qui d’autre profiterait cette fin ?
D’abord aux vendeurs de carburant et d’énergie. Ce sont eux que l’obligation contraint, eux qui en portent le coût. En avril 2026, les distributeurs de carburants, dont Michel-Édouard Leclerc, ont écrit au Premier ministre pour suspendre le dispositif 2. Ceux qui réclament sa fin sont donc, en premier lieu, ceux qui vendent le carburant. Leur demande n’est pas un avis neutre.
De l’autre côté se trouvent ceux qui perdraient un financement. Les ménages qui rénovent leur logement grâce à ces primes. Le secteur du bâtiment qui réalise les travaux. Les familles modestes du leasing social. Le dispositif reste le principal financement de la rénovation énergétique hors budget de l’État 3,5.
« Ça ne coûtera rien au budget de l’État », plaide Bruno Retailleau 1. C’est exact sur le plan comptable, puisque cet argent n’y entre jamais. Mais supprimer sans remplacer ne redonne rien au contribuable. Cela retire un financement à ceux qui rénovent, et cela libère les vendeurs d’énergie d’une obligation. C’est très exactement la différence que la Cour des comptes a posée entre supprimer et réformer.
