Un traitement réservé aux malades graves
Le cannabis médical ne se fume pas. Il se prend en huile, en comprimés, ou en fleurs séchées à vaporiser 1. Le produit mélange deux molécules du cannabis, dosées avec précision 1.
Il est réservé à cinq situations lourdes. Des douleurs qui résistent aux autres traitements. Des épilepsies sévères. Des symptômes de cancer. Des soins palliatifs. La sclérose en plaques 1,2. À chaque fois, c’est le dernier recours. Quand plus rien d’autre ne soulage 2.
Ce sont des maladies qui frappent dans des familles ordinaires. La première prescription se fait à l’hôpital, par un médecin formé 1,2. Rien à voir avec un usage de loisir. C’est un médicament.
La loi est votée, l’essai est fini
Le principe est acquis depuis fin 2023. Une loi de financement de la Sécurité sociale a créé un statut définitif pour ces médicaments 5. Elle prévoit une autorisation de cinq ans, renouvelable, délivrée par l’agence du médicament 5,3.
Avant cette loi, il y avait une expérimentation. Elle a commencé en mars 2021 1. Environ 3000 patients y sont entrés, dans plus de 200 structures de soin 5,6. Elle s’est arrêtée le 31 décembre 2024 3.
Depuis, le principe est dans la loi. L’application, elle, n’a jamais suivi.
Des décrets toujours pas publiés
La généralisation n’est jamais entrée en vigueur 3. Il manque des textes. Des décrets d’application, que le gouvernement doit écrire et publier 5.
Avant la publication, plusieurs étapes. Les textes ont été envoyés à la Commission européenne en mars 2025, pour examen 3,5. Ensuite vient le Conseil d’État 3,5. Puis la parution au Journal officiel 5.
L’agence du médicament annonçait ces décrets pour le premier semestre 2026 4. Le gouvernement, lui, ne donne aucune date. Il écrit seulement que les textes « pourraient être publiés dans les prochains mois » 5. C’est tout.
Ce retard n’est pas nouveau. En trois ans, l’expérimentation a déjà été prolongée trois fois, sans décision sur son avenir 5.
Il reste un dernier verrou : le remboursement. Une autre autorité doit d’abord évaluer l’intérêt de ces médicaments 4,5. Sans son avis, pas de prise en charge de droit commun par l’Assurance maladie 5. La couverture des derniers patients est calée sur cette évaluation : elle doit durer jusqu’à trois mois après cet avis 3. Un délai accroché à une décision qui n’est pas venue. Au dernier point public vérifiable, début 2026, ni les décrets ni cet avis n’étaient parus 4.
La science n’est pas l’obstacle
Ce blocage n’est pas un débat scientifique. Le principe est voté. L’efficacité pour ces malades n’est pas contestée par les autorités.
L’agence qui a piloté l’essai plaide même pour aller plus loin. Elle demande d’inscrire le cannabis médical dans le droit commun 5. Elle avance un bilan positif : une distribution sécurisée, une efficacité, peu d’effets indésirables 5. C’est le point de vue de l’agence qui a mené l’essai, pas un regard extérieur. Il se lit comme sa défense du dispositif.
Le gouvernement, lui, dit partager le même but.
« Le Gouvernement partage l’objectif d’assurer un accès sécurisé et encadré au cannabis à usage médical pour les patients sans alternative de traitement. »
Cette phrase répond à un député 5. L’objectif est partagé. Les textes, eux, ne sont pas signés. Entre le principe voté et le décret publié, il y a l’administration. Et c’est là que le dossier est arrêté.
Les malades qui restent à la porte
Pendant ce temps, le nombre de patients traités fond. Ils étaient environ 3000 pendant l’essai 5,6. Début 2026, ils ne sont plus qu’environ 700 4.
Ce nombre ne peut que baisser. Aucune nouvelle entrée n’est possible 2. Un traitement qui s’arrête, un décès, une sortie : personne ne prend la place 4.
Et tous les autres ? Tout malade diagnostiqué après mars 2024, pour l’une des cinq maladies graves, n’a aucun accès légal 2. Il attend une généralisation sans date.
D’où vient le chiffre d’un million
Un chiffre circule pour mesurer les besoins. Entre 300 000 patients concernés, et jusqu’à plus d’un million 6. Il faut le manier avec prudence.
Il ne vient pas d’une étude publique. Il vient d’une association qui regroupe une quinzaine d’entreprises et de laboratoires du secteur 6. Ces sociétés ont intérêt à un marché large. Leur estimation n’est pas une donnée validée 6.
Le seul chiffre solide est l’autre. Environ 700 patients réellement traités, en baisse 4. Combien de malades ont été laissés sans accès depuis mars 2024 ? Aucun décompte public ne le dit.
Ce qui reste à faire
Le principe a été voté il y a près de trois ans. L’essai s’est arrêté fin 2024 3. Les inclusions sont fermées depuis mars 2024 2. Et la date d’ouverture pour de nouveaux malades n’est toujours pas fixée 5.
Le dossier n’attend ni une preuve, ni un vote. Il attend une signature.
