Une canicule, ce n’est pas un après-midi de forte chaleur
L’idée revient à chaque été. Il a toujours fait chaud. Il y a toujours eu des canicules, on en fait juste une affaire aujourd’hui. C’est vrai qu’un après-midi brûlant, ça existe depuis toujours. Mais une canicule, ce n’est pas ça.
La définition officielle est précise. Une canicule, c’est une chaleur qui dure. Au moins trois jours et trois nuits d’affilée, avec des températures qui restent au-dessus d’un seuil, de jour comme de nuit 1. Un pic isolé ne compte pas. Ce qui compte, c’est la persistance.
Du coup, comparer deux après-midi, celui de 1930 et celui de cette année, ne dit pas grand-chose. Les bonnes grandeurs sont ailleurs. Le nombre d’épisodes par décennie. Le temps qu’ils durent. Le nombre de nuits sans répit. Et le moment de l’année où ils tombent.
Qui décide qu’il fait « canicule », et comment
Il n’existe pas de définition universelle de la canicule 1. Pas de seuil valable pour la planète entière. En France, le cadre est fixé par une instruction de l’État. Elle s’appuie sur l’agence sanitaire nationale et sur le service météo 1.
La mécanique est simple à comprendre. On prend la moyenne des températures les plus basses sur trois jours, et la moyenne des plus hautes 1. On les compare à un seuil. Ce seuil n’est pas le même partout. Il est calculé département par département, calé sur le climat local 1. Il est donc plus haut à Marseille ou à Lyon qu’à Rennes 1.
Autrement dit, le seuil colle à ce dont les habitants ont l’habitude. Quand la chaleur le dépasse trois jours de suite, c’est une canicule, et le département passe en vigilance orange 1.
Le décompte depuis 1947
Le service météo tient ce décompte depuis 1947. Il s’appuie sur une moyenne de trente stations réparties sur le pays 2.
Le résultat tient en trois chiffres. 54 vagues de chaleur depuis 1947. Deux tiers d’entre elles depuis l’an 2000. Et plus de la moitié après 2010 2. Ce n’est ni une prévision ni un modèle. C’est un comptage de ce qui s’est déjà produit 2.
Le calendrier bouge aussi, et aux deux bouts. Les vagues arrivent de plus en plus tôt, dès la mi-juin, comme en 2022 et en 2026 2. Et de plus en plus tard, après le 15 août, depuis 2001 2. Plusieurs régions ont même connu un épisode du 3 au 10 septembre 2023 2. Une canicule en juin ou en septembre, ce n’est pas le même événement qu’au cœur de l’été. La saison chaude s’étire.
Ce qui n’a pas empiré, et ce qu’on ne mesure pas encore bien
Tout ne va pas dans le même sens, et le dire est une question d’honnêteté.
La durée, elle, ne suit pas. Le record d’une seule vague de chaleur, c’est 23 jours. Il date de juillet 1983 2. En 2026, un épisode l’a égalé, pas battu 2. La durée maximale n’augmente donc pas. Ce qui a changé, c’est qu’à durée égale, l’épisode de 2026 a tapé plus fort 2.
Les nuits tropicales, ces nuits où la température ne descend pas sous 20 °C, sont une autre grandeur à suivre 3. Sans fraîcheur nocturne, le corps récupère mal de la chaleur du jour 3. Mais le seul chiffre solide mesuré au niveau national est ancien : deux nuits de ce genre par an en moyenne, entre 1976 et 2005 3. La forte hausse annoncée pour la suite repose surtout sur des projections, pas sur des relevés déjà faits 3. Ce journal le signale, plutôt que d’avancer un chiffre qui n’est pas encore établi.
Vérifier chez soi, gratuitement
Voilà le point qui change tout. Depuis le 1er janvier 2024, toutes les données publiques du service météo sont gratuites 5. Avant, elles étaient payantes. Plus maintenant 5.
Concrètement, n’importe qui peut télécharger les relevés quotidiens de la station la plus proche de chez lui. Les températures minimales et maximales, jour par jour, depuis l’ouverture de la station 4. Pour les plus anciennes, cela remonte avant 1947. Le tout en fichier tableur, sous licence ouverte, sur le portail public data.gouv.fr 4. Un accès automatisé, gratuit lui aussi, existe pour ceux qui savent s’en servir 5.
Avec ça, chacun peut faire son propre comptage. Le nombre de jours de forte chaleur près de chez lui. Le nombre de nuits au-dessus de 20 °C. Les épisodes qui s’étalent sur plusieurs jours. Ce comptage local ne refait pas le chiffre national des 54 vagues. C’est un relevé sur ses propres données brutes. Mais c’est une vérification que personne ne mâche à sa place.
Et pour qui se méfie des organismes français
Reste le cas de qui ne fait pas confiance aux organismes français. La vérification reste possible, même sans eux.
Des services étrangers publient leurs propres relevés, en accès libre. L’agence météo du Japon met en ligne son analyse de la température mondiale, en téléchargement libre. Elle relève une hausse d’environ 0,8 °C par siècle 6. Les services américain, européen et britannique font de même, chacun avec sa méthode.
Leurs chiffres annuels ne sont pas rigoureusement identiques. C’est justement la preuve qu’il s’agit d’analyses séparées, et pas de copies les unes des autres. Mais la tendance de fond, elle, est la même partout 9.
Le cas le plus parlant reste ce projet américain de 2010. Il a été monté par un climatosceptique. Des fonds venus en partie d’intérêts pétroliers l’ont financé. Le but : refaire les calculs de façon indépendante 7,8. Son but affiché était de vérifier si le réchauffement tenait la route. Résultat : il l’a confirmé, et son fondateur a conclu que la cause en était humaine 7,8. Le projet publie ses séries pays par pays, la France comprise 10.
« Appelez-moi un sceptique converti. Il y a trois ans, j’avais relevé dans les études sur le climat des problèmes qui, à mes yeux, mettaient en doute l’existence même du réchauffement. »
Ses propres calculs disent aujourd’hui l’inverse.
Les chiffres sont publics et gratuits. N’importe qui peut refaire le décompte pour sa commune. Et ceux qui, à l’étranger, doutaient du réchauffement ont trouvé la même chose.
