Le 24 octobre 2026, la société européenne d’oncologie a rendu public le bilan d’un essai. Il a suivi 1 173 hommes, entrés à partir de 2013. Tous avaient un cancer de la prostate déjà étendu aux os ou à d’autres organes au moment du diagnostic. Quand un médicament était ajouté, la moitié de ces hommes a vécu plus de 6,1 ans. Sans lui, 4,6 ans.

Ce que mesure l’essai

L’essai s’appelle PEACE-1. Il a recruté de 2013 à 2018, dans 77 hôpitaux de sept pays d’Europe, dont la France 2. Sa question est simple. Le traitement de base de ce cancer prive la tumeur d’hormones mâles. C’est la suppression androgénique. Que gagne un homme si l’abiratérone s’y ajoute ? L’abiratérone est un médicament hormonal de nouvelle génération, en comprimés. Il se prend avec de la prednisone, une sorte de cortisone. Dans l’essai, le hasard décidait qui le recevait 2.

Sur l’ensemble des hommes, le risque de mourir baisse d’environ un quart. La moitié des hommes traités vit plus de 6,1 ans. Sans le médicament, c’est 4,6 ans 1. Le suivi médian atteint 7,7 ans 1.

Chez les 710 hommes qui ont aussi reçu une chimiothérapie, le docétaxel, l’écart est plus net. La moitié d’entre eux vit plus de 6,2 ans avec le médicament, contre 4,4 ans sans. Huit ans après leur entrée dans l’essai, 40,3 % sont en vie, contre 27,1 % 1. Ce groupe a une limite. La chimiothérapie n’était pas tirée au sort. Elle était laissée au choix du médecin à partir d’octobre 2015. À partir de 2017, l’essai n’a plus inclus que des hommes qui la recevaient 5. L’abiratérone, elle, était bien tirée au sort, y compris dans ce groupe. La radiothérapie de la prostate l’était aussi, dans un second tirage 2.

Ces chiffres à huit ans viennent d’un congrès, sans publication intégrale consultée à ce jour. Les résultats publiés en 2022, après quatre ans de suivi, allaient dans le même sens 2.

L’auteur principal de l’essai parle de « près de deux ans de vie en plus » avec la chimiothérapie. Le communiqué de la société européenne donne 1,8 an dans ce groupe. Sur l’ensemble des hommes, c’est 1,5 an 1.

Huit ans de suivi, et un gain qui tient

L’essai est mené par un promoteur académique, pas par un laboratoire 1. Il a reçu des fonds de Janssen-Cilag, d’Ipsen, de Sanofi et de l’État français 2. Janssen-Cilag vend l’abiratérone sous le nom de Zytiga 10.

Dans le groupe sans le médicament, quand le cancer a progressé, 86 % des hommes ont reçu ensuite un médicament de la même famille 1. L’équipe de l’essai a refait le calcul sur les données de 2022. Elle a corrigé ce passage d’un groupe à l’autre. Elle retrouve une baisse du risque de décès du même ordre 3.

Un autre essai va dans le même sens. Il a testé une molécule de la même classe, le darolutamide, ajoutée à la même chimiothérapie. Ni les patients ni les médecins ne savaient qui recevait un placebo. Le risque de décès y baisse d’environ un tiers 4. Cet essai-là était financé par les fabricants de la molécule.

Pour quels hommes

L’essai ne concernait que des hommes dont le cancer était métastatique dès le diagnostic. Le cancer devait encore réagir au blocage hormonal. Les hommes devaient être en bon état général 2.

Une partie des cancers est dite « à haut volume ». Cela veut dire des métastases dans des organes. Ou au moins quatre dans les os, dont une hors de la colonne et du bassin 8.

Les chiffres qui suivent portent sur les hommes qui recevaient aussi la chimiothérapie. À haut volume, à huit ans, 38 % d’entre eux sont en vie avec le médicament. Sans lui, 20 % 1. À bas volume, la moitié vit plus de 7,8 ans avec le médicament, et 6,2 ans sans. Cet écart-là pourrait tenir au hasard 1. Mais dans ce groupe, l’effet du médicament ne diffère pas de façon significative entre haut et bas volume 1.

Les hommes de 70 ans et plus formaient 37 % de l’essai. Pour l’ensemble de ces hommes, aucun bénéfice n’est démontré 5. Chez ceux qui pouvaient recevoir la chimiothérapie, les auteurs jugent le bénéfice « comparable » aux plus jeunes. Ce n’est pas démontré non plus : l’écart pourrait tenir au hasard 5.

Les plus âgés recevaient moins souvent la chimiothérapie. Sous abiratérone, ils avaient plus d’effets graves que les plus jeunes, 69 % contre 61 %. Ils l’arrêtaient plus tôt, au bout de 30 mois contre 41 5. Pour les auteurs, cette toxicité et ces arrêts précoces expliquent probablement l’écart 5. Une analyse indépendante de plusieurs essais regarde ces âges. Avec l’abiratérone et la chimiothérapie, elle ne trouve pas de gain démontré. Avec le darolutamide, elle en trouve un 6. Non démontré ne veut pas dire absent : les effectifs sont petits.

Enfin, l’essai ne dit rien des hommes dont les métastases sont apparues après un premier traitement de la prostate. Ils n’y étaient pas inclus 2.

Le prix en effets secondaires

Le médicament fait monter la tension. Les chiffres portent sur les hommes sans radiothérapie. Avec le traitement complet, 21 % ont une hypertension sévère. Avec la seule chimiothérapie, 14 %. Le potassium du sang baisse trop chez 4 % d’entre eux, contre 1 % 1.

En 2022, chez les hommes traités aussi par chimiothérapie, 63 % avaient des effets sérieux avec le médicament. Sans lui, 52 %. Ce sont des effets sérieux, qui demandent une prise en charge (au moins le niveau 3, sur une échelle de 5). Les effets propres à la chimiothérapie, comme la fatigue ou l’atteinte des nerfs, n’augmentaient pas 2. Les investigateurs ne signalent pas de nouvel effet sur le long terme 1. La qualité de vie sous ce traitement n’est pas documentée dans les sources consultées.

La notice européenne demande de surveiller la tension, le potassium et la rétention d’eau. Elle demande la prudence en cas de maladie du cœur ou d’hypertension mal contrôlée 7.

Ce que l’essai ne tranche pas

Depuis le début de l’essai, le traitement de base a changé. Les recommandations européennes de 2026 associent désormais la suppression androgénique à un médicament hormonal de nouvelle génération. Elles posent aussi une règle ferme : si une chimiothérapie est donnée, ce n’est qu’avec l’abiratérone ou le darolutamide. Le choix entre ce duo et le traitement complet se discute avec certains hommes. Ce sont ceux dont le cancer est métastatique dès le diagnostic, à haut volume ou à haut risque 8.

La question du jour est donc autre : faut-il ajouter la chimiothérapie au duo ? PEACE-1 ne compare pas ces deux options. Les recommandations l’écrivent : ce bénéfice « n’a pas été étudié directement » 8.

Des comparaisons indirectes de plusieurs essais existent. En 2023, l’une d’elles ne trouvait pas le traitement complet meilleur que le duo. Même à haut volume 15. Sa mise à jour de 2026, par la même équipe, en trouve un. Il vaut pour les cancers à haut volume présents dès le diagnostic. La marge est étroite : la limite haute du calcul frôle l’absence d’effet 9. Des médecins qui ont mené les essais étudiés cosignent ces analyses. Les recommandations datent d’avant les résultats à huit ans 8.

En Europe, l’abiratérone est autorisée avec la suppression androgénique, sans chimiothérapie. Elle vise les hommes à « haut risque » nouvellement diagnostiqués 7. Ce « haut risque » ne recouvre pas exactement le « haut volume » de l’essai. L’association avec la chimiothérapie ne figure pas dans cette autorisation 7.

En France, le médicament est remboursé à 100 % quand il est prescrit dans une indication remboursable. Pour le duo à haut risque, la Haute Autorité de santé a rendu un avis favorable en 2018 10. La prise en charge de l’association avec la chimiothérapie, hors de l’autorisation, n’est pas documentée dans les sources consultées.

Ce qu’un homme concerné peut demander

En France, tout premier projet de traitement d’un cancer passe obligatoirement en réunion de concertation pluridisciplinaire. Au moins trois professionnels de deux disciplines différentes examinent le dossier 11. Un homme concerné peut demander si cette réunion a discuté, pour lui, le duo et le traitement complet. Il peut demander sur quels critères : le volume de ses métastases, sa capacité à supporter la chimiothérapie. Il reçoit ensuite par écrit son programme personnalisé de soins, qui dit quels traitements sont prévus 12.

Il peut demander un second avis à tout moment. Le médecin doit l’accepter et faire appel au confrère choisi par le patient. Cet avis doit être rendu sans retarder le traitement 13. Il peut aussi chercher un essai clinique dans le registre public de l’Institut national du cancer 14.

Le gain mesuré en 2022 sur les 1 173 hommes 2 tient après près de huit ans. Avec l’abiratérone, le risque de mourir reste plus bas d’environ un quart 1.