Au sommet d’une montagne chilienne, une caméra grande comme une petite voiture vient d’ouvrir l’œil. En une dizaine d’heures de tests, elle a repéré 2104 astéroïdes inconnus. Sept d’entre eux passent près de la Terre, sans aucun danger. Et ce n’est qu’un échauffement. L’instrument s’apprête à photographier tout le ciel austral, nuit après nuit, pendant dix ans.

Une caméra grande comme une voiture

L’appareil pèse près de trois tonnes. Sa lentille avant mesure 1,57 mètre de diamètre 3. Son capteur compte 3,2 milliards de pixels 1, répartis sur 189 détecteurs 3. Ses constructeurs la présentent comme la plus grande caméra numérique jamais construite pour l’astronomie 2,3. Une revue d’astronomie indépendante la décrit aussi comme la plus grande au monde 5.

Six filtres se relaient devant le capteur, du proche ultraviolet au proche infrarouge, en moins de deux minutes 1,2. À chaque pose, la caméra embrasse un coin de ciel large comme 40 à 45 pleines lunes 2,3. Elle est montée sur un télescope de 8,4 mètres de miroir 1. Le tout est posé à 2647 mètres d’altitude, sur le Cerro Pachón 2. Elle a été assemblée aux États-Unis, expédiée au Chili en 2024 3, puis installée sur le télescope en mars 2025 5.

Ses premières images

Les premières images ont été dévoilées le 23 juin 2025 4. On y voit deux nébuleuses colorées, la Trifide et la Lagune. Il a fallu combiner 678 poses, soit un peu plus de sept heures d’observation 4. Le résultat tient dans une image de près de 2000 milliards de pixels 4. Sur d’autres champs, des millions de galaxies apparaissent d’un seul coup 4.

Le Courrier de France, OpenAI Image générée par IA

La récolte d’astéroïdes a frappé les astronomes. En dix heures, la caméra en a trouvé 2104 jamais vus 4. À titre de comparaison, tous les autres observatoires réunis en découvrent environ 20 000 par an 4. La nuit du 24 février 2026, l’instrument a émis près de 800 000 alertes, chacune transmise en quelques minutes 6.

Tout le ciel austral, nuit après nuit

La méthode est simple à dire. Le télescope balaie le ciel sans relâche, une nouvelle région toutes les 40 secondes environ 6. En trois à quatre nuits, il couvre tout le ciel austral visible 2. Puis il recommence. Et ainsi de suite pendant dix ans. Chaque nuit, il produit environ 10 téraoctets d’images 2.

Ce balayage répété est l’idée maîtresse. En revenant sans cesse sur les mêmes zones, la caméra repère tout ce qui bouge ou change d’éclat 1. Une étoile qui explose, un astéroïde qui file, un astre qui s’allume. Une fois le rythme de croisière atteint, l’observatoire attend jusqu’à 7 à 10 millions d’alertes par nuit 2.

Ce qu’elle cherchera pendant dix ans

Le programme de dix ans poursuit quatre grands buts, fixés dès l’article de conception 1.

D’abord, dresser l’inventaire du système solaire. Le relevé doit établir les orbites de plusieurs millions d’objets 1. Il doit aussi cataloguer 66 % des astéroïdes potentiellement dangereux de 140 mètres et plus 1. C’est une carte des cailloux qui pourraient un jour croiser la Terre.

Ensuite, suivre le ciel qui change. Le balayage répété décrit plus haut sert à ça. Il recense tout ce qui apparaît, disparaît ou varie d’une nuit à l’autre 1.

Puis cartographier la Voie lactée, avec 17 à 20 milliards d’étoiles recensées 1,2.

Enfin, traquer la matière invisible. La caméra mesurera la forme d’environ deux milliards de galaxies 1. La façon dont leur lumière est déformée trahit la masse cachée qui les entoure. Au bout du compte, le catalogue doit réunir une vingtaine de milliards de galaxies 1.

Ces nombres sont des objectifs, pas encore des résultats. Le grand relevé de dix ans n’a pas officiellement commencé. Au 5 juin 2026, l’observatoire en était encore aux réglages, sur des observations préparatoires 7. Le lancement est attendu plus tard en 2026 7. La caméra, elle, fonctionne déjà et produit de la science.

La matière qu’on ne voit pas

L’observatoire porte le nom d’une astronome américaine. En mesurant la vitesse des étoiles dans plus de 60 galaxies, elle avait mis en évidence une anomalie 2. Les étoiles du bord tournent aussi vite que celles du centre. Quelque chose d’invisible les retient, une masse qu’aucun télescope ne montre.

Cette matière noire reste une énigme. On en mesure les effets, pas la nature. Elle représente environ 84 % de toute la matière de l’Univers 8. Avec l’énergie noire, autre inconnue, elle pèse près de 95 % de tout ce que contient l’Univers 8. Autrement dit, la matière ordinaire, celle des étoiles et des planètes, n’en forme qu’environ 5 % 8. La nouvelle caméra a été pensée pour éclairer ce continent obscur.

Un film du ciel

L’instrument a connu ses ratés. À quelques semaines des premières images, il chauffait trop. Les équipes ont parlé de leur « gros pépin » 5. Elles l’ont réglé. Les images de juin 2025 sont là pour le prouver.

Pendant dix ans, le même coin d’Univers sera photographié des centaines de fois 1. De cette accumulation sortira un film du ciel austral. Des astéroïdes qui passent, des étoiles qui meurent, des galaxies par milliards. Reste à lancer le grand relevé. Quand il démarrera, une caméra grande comme une voiture commencera à tenir la chronique du ciel, nuit après nuit, pour dix ans.