Un chiffre revient dans le débat : l’asile coûterait 40 milliards d’euros par an. Les documents budgétaires de l’État en donnent un autre. La ligne consacrée au droit d’asile pèse 1,4 milliard. L’écart vient d’autres dépenses, ajoutées à tort.

Trois budgets, souvent confondus

Le mot « asile » recouvre une ligne précise du budget de l’État. En 2025, l’action « Garantie de l’exercice du droit d’asile » pèse 1,4 milliard d’euros 1. Elle finance l’accueil, l’allocation versée pendant l’examen des demandes, l’hébergement et l’office qui instruit les dossiers.

Cette ligne s’inscrit dans un ensemble plus large. La mission « Immigration, asile et intégration » atteint environ 2 milliards d’euros 1. La politique migratoire de l’État dans son entier, elle, dépasse 7,8 milliards, répartis sur dix-neuf programmes et douze missions budgétaires 2. Appeler ce dernier chiffre « le budget de l’asile », c’est mélanger des choses différentes.

Un dernier repère situe les priorités. La ligne asile vaut environ sept fois celle consacrée à l’éloignement des personnes en situation irrégulière. Cette dernière pèse 199 millions d’euros 1.

L’aide médicale d’État n’entre pas dans ce compte

Une confusion revient sans cesse. L’aide médicale d’État, l’AME, est ajoutée au coût de l’asile. Les deux dispositifs n’ont pourtant rien à voir.

L’AME soigne des personnes en situation irrégulière, présentes depuis plus de trois mois, sous condition de revenus 3. Un demandeur d’asile n’y a pas droit. Autorisé à rester le temps de l’examen de son dossier, il relève de l’assurance maladie ordinaire après trois mois 3. Le passage ne se fait que dans un sens : une personne déboutée de l’asile peut ensuite relever de l’AME, jamais l’inverse.

L’AME dépend d’ailleurs d’un autre budget, la mission « Santé » 4. Elle a coûté 1,26 milliard d’euros en 2024, soit 0,3 % des dépenses de l’État, pour 463 866 personnes 4.

En décembre 2023, un rapport commandé par le gouvernement a examiné l’AME. Ses deux auteurs venaient de bords politiques opposés 5. Leur verdict : un dispositif utile, tenu pour l’essentiel, sans abus ni fraude avérés, qui écarte l’idée d’un « appel d’air » 5. Un chiffre l’appuie. Parmi les personnes qui y ont droit, 35 % n’y recourent pas, même après cinq ans de présence 5. Un dispositif ignoré d’un tiers de ses ayants droit n’attire personne.

Ce que la ligne asile paie vraiment

La dépense d’asile ne s’emballe pas. L’allocation versée aux demandeurs baisse d’année en année : 270 millions d’euros en 2023, environ 250 en 2024, 247 prévus en 2025 6,7. La raison est simple. Les délais d’examen se raccourcissent, donc l’allocation se verse moins longtemps 6.

L’hébergement est le premier poste, autour d’un milliard d’euros 6. Mais il ne loge pas tout le monde. Fin 2024, le dispositif accueillait environ 64 000 demandeurs, soit 43 % des dossiers en cours 8. Moins d’un sur deux.

L’image d’un accueil massif et généreux ne résiste pas à ce chiffre. Ce dernier vient d’un bilan associatif, mais il s’appuie sur les données de l’office chargé de l’accueil 8.

Interdits de travailler pendant six mois

Un demandeur d’asile ne peut pas travailler pendant les six mois qui suivent sa demande 9. Passé ce délai, ce n’est toujours pas un droit acquis. C’est l’employeur qui doit demander une autorisation. L’administration peut la refuser selon l’état de l’emploi dans la région 9.

Le droit européen fixe un plafond de neuf mois 10. La France affiche six mois, sous ce plafond sur le papier. Mais l’autorisation reste refusable, ce qui limite l’accès dans les faits.

Cette règle a un coût. Un rapport de la Cour des comptes de février 2025 le relève 11. L’interdiction de travailler pendant six mois a un triple effet. Elle prolonge la dépendance à l’aide publique. Elle use les compétences et retarde l’intégration, une fois la protection obtenue. Cette période sans droit de travailler fabrique en partie l’aide qui est ensuite reprochée.

Ce que ces personnes rapportent

Le débat s’arrête presque toujours à la dépense. Il oublie l’autre colonne, celle des recettes : ce que ces personnes versent une fois au travail, en impôts et en cotisations. Sur ce terrain, la recherche converge.

Une étude a suivi quinze pays d’Europe de l’Ouest, dont la France, sur trente ans 12. Sa conclusion : un afflux de demandeurs d’asile ne dégrade pas les comptes publics. Une fois le statut et le droit de travailler obtenus, les recettes dépassent les dépenses 12. Le choc de départ s’efface en trois à cinq ans.

Pour la France, deux travaux mesurent l’immigration au sens large, pas les seuls demandeurs d’asile. Leur résultat tient dans une fourchette étroite, autour de l’équilibre. Le premier calcule entre -0,5 % et +0,05 % de la richesse nationale 13. Le second, entre -1 % et +1 % 14. Le signe, positif ou négatif, dépend surtout d’une convention de calcul, pas d’un coût massif. L’ordre de grandeur, lui, est net. Il est proche de zéro.

D’où sortent les « 40 milliards »

Reste le chiffre du départ. Les « 40 milliards » ne viennent pas des organismes de recherche. Ils sont produits par une association, l’Observatoire de l’immigration et de la démographie 15. Un autre chiffre circule aussi, « 54 milliards ». Il vient d’une seconde association, Contribuables Associés 16.

La méthode se décrit simplement. Elle applique une moyenne calculée sur trente ans au budget d’une seule année récente 15. Elle compte des dépenses qui ne bougent pas avec la population, comme la défense ou le service de la dette 15. Et elle additionne des postes de dépense, la santé, l’école ou les prestations, sans jamais soustraire les recettes 16.

Les organismes cités rejettent ces chiffres. Le « 40 milliards » a été attribué en public au CEPII, un centre de recherche public. Son auteur a répondu :

« Ce chiffre n’est pas issu de mes travaux. La dernière estimation que nous avons pu faire pour 2011 était de -0,49 % du PIB, soit 8,8 milliards. » 15

L’OCDE, citée dans le même débat, a fait la même réponse. Elle ne reconnaît pas ces 40 milliards. Selon elle, ils viennent d’une « interprétation fallacieuse », c’est-à-dire faussée, de ses travaux 15.

Entre le chiffre qui circule et celui des comptes publics, l’écart se compte en dizaines de milliards. Il tient tout entier à la méthode.