Rien n’est voté, et deux budgets de suite ont reculé
Le projet de budget pour 2027 doit être présenté le 30 septembre 2026. À la mi-septembre, aucun texte n’est déposé 3. Ce qui circule tient à des annonces du gouvernement. Or il est juge et partie sur son propre budget.
Les deux années précédentes racontent la suite possible. En 2025 comme en 2026, une baisse de la revalorisation des pensions était prévue. Les deux fois, elle a été retirée en cours de route. Pour 2026, le gel annoncé a laissé place à une hausse de 0,9 %, votée par une coalition allant de la gauche au RN 4,2. Le gouvernement le dit lui-même : les modalités « seront décidées au Parlement » 5.
« Aucune pension ne baissera », mais le pouvoir d’achat bouge
Le Premier ministre l’a répété : « aucune pension ne diminuera » 5. C’est vrai au centime près. La loi interdit d’ailleurs de faire baisser une pension en euros 6.
Mais un gel ne touche pas le montant versé. Il touche ce que ce montant permet d’acheter. Quand les prix montent et que la pension ne suit pas, elle vaut moins. Ce n’est pas une hypothèse. Entre fin 2017 et fin 2023, les pensions de base ont été relevées de 9,5 %. Les prix, eux, ont grimpé de 16,2 %. Au bout du compte, la pension moyenne a perdu 3,8 % de sa valeur réelle 7.
Deux leviers qui ne visent pas les mêmes retraités
Il n’y a pas une mesure, mais plusieurs. Et elles ne frappent pas les mêmes personnes.
Le premier levier est le gel, ou désindexation. Le gouvernement annonce protéger les petites retraites et le RSA, et viser les pensions élevées 3. Aucun seuil n’est fixé. Par le passé, plusieurs ont été évoqués : le SMIC, ou 3 000 € par mois 1. Rien n’est tranché.
Le second levier est fiscal. Aujourd’hui, un retraité déduit 10 % de sa pension avant l’impôt sur le revenu, dans la limite d’environ 4 399 € par foyer 8. Baisser ou supprimer cet abattement ne touche que les retraités imposables, environ la moitié des foyers de retraités 9,10. Un retraité non imposable, ou au minimum vieillesse, n’a pas d’impôt à réduire. Il n’y perd rien.
Les deux leviers ne coûtent pas la même chose selon la pension. À 1 600 € par mois, un gel retirerait environ 403 € sur l’année, une baisse de l’abattement environ 211 €. À 3 000 € par mois, le gel coûterait environ 756 €, la baisse d’abattement environ 1 080 € 11. Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Ils disent l’essentiel : sur une pension modeste imposable, le gel pèse le plus. Sur une pension élevée, c’est la baisse d’abattement.
Le choix que met en avant le gouvernement
Bercy présente les deux leviers comme un choix forcé. Indexer toutes les pensions sur l’inflation coûterait « plus de 6 milliards », que « l’on n’a pas », donc il faudrait supprimer l’abattement pour le financer. « Il faudra choisir, pas de demi-mesure », résume le ministre des Comptes publics 12,9.
C’est la position d’un gouvernement qui défend son budget, pas une règle comptable. D’autres recettes existent. Et c’est l’exécutif lui-même qui réduit le débat à ces deux portes.
Sur le coût, un chiffre vient d’une source qui ne défend pas le budget. La Cour des comptes mesure l’abattement à 4,8 milliards en 2024, pour 15 millions de ménages. Les 10 % de bénéficiaires les plus aisés, dont le revenu dépasse 53 783 € par an, en captent un cinquième, avec un gain moyen de 907 € 10. L’avantage se concentre donc vers le haut. Le supprimer pèserait d’abord là.
Supprimer l’abattement n’est pas la même chose que le rogner. Un simple forfait de 2 000 €, proposé en 2025, ne rapportait qu’environ 1,2 milliard. L’Assemblée l’a rejeté le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17 13.
D’où partent les retraités
Les retraités ne forment pas un bloc pauvre. Leur niveau de vie médian est proche de celui du reste de la population, et 70 % sont propriétaires de leur logement 14. Leur taux de pauvreté, 10,4 % en 2024, reste sous celui de l’ensemble, 15,4 % 15.
Mais la moyenne cache les écarts. Environ 1,6 million de retraités vivent sous le seuil de pauvreté 15. Et l’effort demandé, « inférieur à 6 milliards » selon le gouvernement, est une petite part des 54 milliards d’économies visées pour 2027, elles-mêmes une fraction d’un déficit de 152,5 milliards 5,16.
Le décrochage, lui, n’a pas attendu 2027. Les gels passés ont déjà retiré 3,8 % de valeur réelle à la pension moyenne entre 2017 et 2023 7. Un gel de plus s’ajouterait à ce compte.
