Le 1er janvier 2025, une ligne a changé sur des dizaines de millions de contrats d’assurance. La surprime « catastrophes naturelles » est passée de 12 % à 20 % pour l’habitation. Son coût moyen grimpe d’environ 25 euros à 40 euros par an 3,4. C’est par cette ligne que le climat arrive sur la facture. Ce canal est réel. Il est aussi encadré, et modeste au regard du reste.

La prime monte, les sinistres reculent

En 2024, la prime moyenne d’assurance habitation atteint 299 euros hors taxes. Elle a monté de 7,2 % en un an 1. Côté automobile, la prime moyenne est de 480 euros hors taxes, en hausse de 5,6 % 2. Ce sont des chiffres de marché, hors taxes, pas la facture exacte d’un foyer donné.

Et pourtant, cette même année 2024, les sinistres habitation ont baissé. Leur fréquence recule de 1,2 %, leur coût moyen de 3,6 % 1. La branche est même redevenue bénéficiaire 1. La prime a donc monté l’année où les dégâts ont diminué.

Alors qu’est-ce qui pousse les prix ? Le coût des réparations, d’abord. Pour une voiture, l’indice des coûts de réparation grimpe de 7,8 % en 2024. Il a pris près de 73 % depuis 2016 2. Réparer coûte plus cher chaque année.

L’électronique embarquée y est pour beaucoup. Un simple bris de glace revient désormais à 715 euros en moyenne 2. Les pare-brise portent des capteurs, on les remplace au lieu de les réparer 2. Un sinistre matériel courant coûte 2 005 euros 2. En 2025, le coût moyen d’un sinistre auto monte encore de 5,3 %. La cause citée est le prix des pièces, la main d’œuvre et les véhicules électriques. Pas le climat 10.

Le feu de forêt n’est pas une catastrophe naturelle

C’est contre-intuitif, et pourtant établi. Un feu de forêt n’ouvre pas le régime des catastrophes naturelles. Il est pris en charge par la garantie incendie du contrat habitation 5,6. Pas d’arrêté « cat-nat », pas de franchise légale spéciale. C’est la franchise du contrat qui s’applique 5.

Les conséquences sont concrètes. Une voiture brûlée n’est indemnisée qu’en formule « tous risques ». L’assurance « au tiers », la seule obligatoire, ne couvre rien dans ce cas 6. Et si un défaut de débroussaillage a favorisé la propagation, l’assureur peut ajouter une franchise de 5 000 euros 6.

L’été 2026 l’a rappelé. Les incendies de Gironde et des Landes ont poussé plus de 220 000 personnes à évacuer 6. La facture est annoncée « hors norme » par un professionnel du secteur, mais elle n’est pas encore chiffrée 6. Des mesures de crise ont été prises : relogement des évacués jusqu’à trois semaines, délai de déclaration repoussé au 31 août 6.

Jusqu’ici, le coût assuré des feux reste pourtant limité face aux autres périls. Les grands incendies de Gironde de 2022 ont donné moins de 2 000 sinistres indemnisés, pour un montant inférieur à 80 millions d’euros 6. Dans l’Aude, en août 2025, le feu a détruit ou endommagé 36 habitations et brûlé 54 véhicules 7. Les assureurs ont jugé leur bilan « limité » 7.

Ce mot « limité » ne parle que des biens assurés. Il ne dit rien du reste. Le même feu de l’Aude a fait une morte, ravagé 13 000 hectares et détruit 800 à 900 hectares de vignes des Corbières 7. Le chiffre de l’assurance ne mesure pas ce coût-là.

Le risque, lui, s’étend. D’ici 2050, la moitié du territoire pourrait être exposée au risque d’incendie 8. À ce jour, le feu de forêt reste assurable en France, à la différence de certaines zones de Californie 8.

Le poste qui pèse le plus : le sol qui se fissure

Le vrai poids climatique de l’assurance est ailleurs. C’est la sécheresse. Quand la terre argileuse se rétracte, elle fissure les murs des maisons. Ce risque coûte 1,35 milliard d’euros par an en moyenne sur cinq ans, contre 700 millions autrefois 4. Depuis 1989, il a englouti 13,8 milliards d’euros, plus du tiers de toutes les indemnités « cat-nat » versées 4.

Un logement touché par la sécheresse coûte 16 300 euros à réparer en moyenne, plus que les autres sinistres naturels 9. Ces dégâts-là ne font pas d’images à la télévision. Ils avancent, mur après mur, dans des maisons posées sur de l’argile.

L’autre gros poste climatique de l’automobile, c’est la grêle. Elle a coûté 350 millions d’euros sur les véhicules en 2024 3. Tous biens confondus, la grêle a pesé 2,2 milliards d’euros en 2025 10. Et cette charge ne passe pas par le régime « cat-nat ».

La grêle a pesé lourdement, avec 2,2 milliards d’euros, intégralement à la charge des assureurs, puisque hors du régime des catastrophes naturelles.

Ainsi le résume la présidente de la fédération des assureurs, partie prenante du dossier 10. Selon la même fédération, l’ensemble des événements naturels a coûté 5,2 milliards d’euros en 2025, la deuxième année la plus chère depuis 1984 10.

Qui paie, dans l’ordre

Les assurés, d’abord. Ils règlent la prime de base, tirée par le coût des réparations. Ils règlent aussi la surprime « cat-nat », ce taux unique relevé à environ 40 euros par an 4. Ce taux est le même pour tous, où qu’on habite 4. Les zones les moins exposées paient donc autant que les autres.

L’État vient ensuite, en dernier ressort. Il garantit le régime si les réserves s’épuisent. La Cour des comptes juge « plausible » que cette garantie soit appelée souvent, autour d’un milliard d’euros par an 4. Le réassureur public, lui, se montre plus optimiste. Mais la Cour, indépendante, refait les calculs sous des hypothèses qu’elle estime plus réalistes 4.

Restent ceux qui n’ont pas d’assurance du tout. En métropole, 97 % des ménages sont couverts. En outre-mer, c’est 50 à 70 %. À Mayotte, 6 % 9. Là-bas, un cyclone frappe des foyers sans filet. Ce sont souvent les plus modestes qui portent seuls la perte 9. Le montant assuré d’une catastrophe ne dit rien de ce qu’elle coûte à ces territoires.

Un choix qui n’a pas été tranché

Derrière le prix, il y a une question simple. Faut-il que tout le monde paie le même taux, exposé ou non ? Ou faut-il que les plus exposés paient plus ?

Le premier système, celui d’aujourd’hui, est solidaire. Il fait payer aussi ceux qui ne risquent presque rien 9. Le second serait plus responsabilisant. Mais il menace d’exclure ceux qui vivent en zone à risque et n’ont pas les moyens de déménager 9. Un rapport public parle d’un curseur « politique et démocratique fondamental » 9. Aucune réforme n’a tranché.

Le risque d’exclusion « commence à poindre ». Dans quelques zones exposées, des assureurs se retirent déjà 4. Un recours existe pour forcer un assureur à couvrir un logement, mais il reste « largement méconnu et sous-utilisé » 4.

Il y a enfin l’argent de la prévention. Une part de la surprime devrait financer les travaux qui réduisent les dégâts à venir. Mais en 2023, à peine 74 % des habitants en zone inondable étaient couverts par un plan de prévention 4. Payer en amont coûterait moins cher que réparer en aval.

La surprime, elle, a bondi de deux tiers au 1er janvier 2025, de 12 % à 20 %, par décision de l’État 3,4. La prime de base a monté quand les sinistres baissaient 1. La facture tient donc à deux décisions distinctes : celle du marché, sur les réparations, et celle de l’État, sur la surprime. Reste à fixer qui paiera la suite. Ce choix-là n’a pas encore été fait.