Un salarié du privé qui gagne plus de 2 613 euros par mois et tombe malade touche aujourd’hui 42,97 euros par jour, au maximum. Avant le 1er avril 2025, ce plafond était de 53,31 euros. La baisse est passée par un décret, sans débat. Et ce n’est pas la nouveauté du 1er septembre.

Ce qui change le 1er septembre, exactement

Une seule règle nouvelle entre en vigueur ce jour-là. Un arrêt de travail ne peut plus être prescrit pour plus de 31 jours d’un coup. Chaque prolongation est limitée à 62 jours 1,2. Le décret qui l’impose date du 12 juin 2026 1.

Attention à ce que cela veut dire. Ce n’est pas une durée maximale de maladie. Le médecin peut dépasser ces limites si l’état de santé le justifie. Il doit alors le motiver par écrit sur l’ordonnance 3. Un malade de longue durée garde tous ses droits. Il doit seulement faire renouveler son arrêt plus souvent 2.

Si les durées ne sont pas respectées, la caisse d’assurance maladie peut refuser de verser l’indemnité 2. Une autre règle est souvent citée avec la réforme : un arrêt prescrit en téléconsultation ne peut dépasser 3 jours. Elle existe depuis 2024, ce n’est pas une nouveauté de cette rentrée 2.

La baisse de revenu, elle, date d’avril 2025

L’indemnité journalière, la somme versée pendant l’arrêt, vaut 50 % du salaire de base 4. Mais ce salaire est plafonné pour le calcul. Depuis le 1er avril 2025, la limite est de 1,4 fois le Smic, contre 1,8 avant 4,5. Au-delà de 2 613 euros de salaire mensuel, l’indemnité ne suit plus 4.

Ce jour-là, l’indemnité maximale a perdu 11,84 euros par jour ouvrable 6. Rien n’a été voté. La mesure est passée par décret 5. Le plafonnement du 1er septembre, lui, découle d’une loi 1.

Les premiers touchés sont les cadres, les techniciens, les professions intermédiaires 6. Des gens qui travaillent et gagnent un peu plus que la moyenne. En dessous de 1,4 Smic, l’indemnité de base ne bouge pas 6.

Beaucoup ne verront pas cette baisse tout de suite. Leur employeur complète l’indemnité pour tenir le salaire 6. Ce complément est la différence entre le salaire à maintenir et l’indemnité. Quand l’indemnité baisse, la différence grossit. Le surcoût passe donc à l’employeur 6.

Une partie glisse encore ailleurs, vers les contrats de prévoyance. Ces assureurs comblaient déjà 7,4 milliards d’euros de compléments en 2024 7. Ils peuvent répercuter la charge sur les cotisations, partagées entre l’employeur et le salarié 6. Un acteur du secteur avance une hausse d’environ 4 % des dépenses de prévoyance 6. C’est le chiffre d’un vendeur de cette couverture, pas d’une évaluation indépendante. Aucun chiffrage neutre du transfert n’existe à ce jour.

Reste celui qui n’a ni maintien de salaire ni prévoyance. Pour lui, la baisse est sèche. C’est une perte nette sur la paie, le temps de l’arrêt 6.

La cause invoquée, et ce que disent les chiffres

La réforme est présentée comme une réponse aux arrêts qui coûtent trop cher. La dépense a bien augmenté. Les indemnités maladie ont progressé de 6,6 % par an entre 2019 et 2024, hors Covid 7.

Derrière, un mot revient souvent : la complaisance. L’image d’un salarié qui s’arrête pour rien. Les chiffres de la fraude racontent autre chose. Les assurés forment 53 % des dossiers de fraude à l’assurance maladie, mais seulement 16 % des montants 8. L’essentiel des sommes fraudées vient des professionnels de santé et de fausses identités, pas des assurés 8.

Un levier déjà mesuré ailleurs

Un dispositif proche existe déjà dans la fonction publique de l’État : le jour de carence non payé. Son effet a été mesuré. Il a réduit de plus de moitié les absences de deux jours. Mais il a fait grimper de 25 % les absences d’une semaine à trois mois 9. Au total, la part d’agents absents une semaine donnée n’a pas bougé 9. Le levier déplace les arrêts. Il n’agit pas sur l’état de santé.

Pourquoi la dépense monte

La Sécurité sociale a versé 21,4 milliards d’euros d’indemnités journalières en 2024, dont 12,1 pour la seule maladie 7. Cette dépense va baisser avec la réforme. Elle ne disparaît pas pour autant. Elle change de payeur : le salarié qui tombe malade, son employeur, son assureur.

Reste une question que la réforme met peu en avant. Pourquoi la dépense d’arrêts monte. L’organisme statistique de l’État a fait le calcul. Sa réponse ne désigne pas les malades. Elle cite la hausse des salaires et du Smic, l’emploi privé, une population active plus âgée donc plus souvent arrêtée, et des accidents du travail plus nombreux 7. Des causes de fond, pas un relâchement.