Boulevard Saint-Germain, à Paris, un peu après six heures du matin. Le 19 mars 2022, Federico Martín Aramburú quitte un bar avec un ami. L’ancien international argentin de rugby a 42 ans. Des coups de feu claquent. Cinq balles l’atteignent. Il meurt sur le trottoir. Quatre ans et demi plus tard, quatre personnes sont jugées pour sa mort.

Une nuit qui commence dans un bar

Aramburú était une figure du rugby. Ancien joueur du Biarritz Olympique, international argentin, il avait 42 ans. Cette nuit-là, il est au bar Le Mabillon avec un ami, Shaun Hegarty. Selon ce témoin, un groupe agresse verbalement d’autres clients. Une bagarre éclate. Des coups sont échangés. 1

Ce qui suit se joue dehors, en pleine rue. Un homme descend d’une voiture et tire deux fois. Un autre récupère l’arme. Il poursuit Aramburú à pied et tire encore. Cinq balles touchent l’ancien rugbyman. 1 Des pièces du dossier font état de six tirs en quatre secondes, dont trois dans le dos. 3 Ce décompte fait partie de ce que la cour devra examiner.

Quatre personnes dans le box, présumées innocentes

Le procès s’est ouvert le 7 septembre 2026, à la cour d’assises de Paris. Le verdict est attendu le 25 septembre. Quatre personnes sont jugées : trois hommes et une femme. Tant que la cour n’a pas statué, ce sont des accusations, pas des faits établis. 1

Loïk Le Priol, 32 ans, est accusé d’assassinat. Il aurait récupéré l’arme et tiré dans le dos de la victime. Il encourt la perpétuité. Romain Bouvier, 35 ans, est jugé pour tentative d’assassinat. Il aurait tiré le premier, depuis la voiture. Lyson Rochemir, 29 ans, ex-compagne de Le Priol, est accusée de complicité. Elle aurait conduit le véhicule. Un quatrième accusé, un homme de 37 ans, est poursuivi pour avoir aidé Bouvier dans sa fuite. 1,2

Le Priol : un ancien militaire, déjà condamné, lourdement armé

Le parcours de Le Priol est en partie établi. C’est un ancien militaire d’une unité d’élite française. Il a servi au Sahel, avant d’être écarté de l’armée. Les sources divergent sur les dates et l’unité exacte. Elles s’accordent sur le cadre : un passé de commando, puis un renvoi. 2,3

Ce passé n’est pas un accident isolé. Avant 2022, Le Priol avait déjà plusieurs condamnations pour violences. 2 À son domicile, les enquêteurs ont retrouvé des armes : revolvers, carabine, fusil à pompe. Ils ont aussi saisi des centaines de munitions et un gilet pare-balles. 2 Après la mort d’Aramburú, il a caché le revolver, pris le train sous une fausse identité, puis tenté de passer en Ukraine. Il a été arrêté en Hongrie, muni de trois couteaux, d’un gilet pare-balles et d’un casque. 3

Bouvier : un étudiant en droit, des objets nazis chez lui

Le second tireur présumé a un profil très différent. Romain Bouvier est étudiant en droit à Paris. Il vient de quartiers chics, sa mère est avocate. 2 Rien, dans ce milieu, ne le rangeait d’avance dans un box d’assises.

Chez lui, les enquêteurs ont retrouvé deux objets. Une statuette d’Hitler. Un exemplaire de Mein Kampf. 2 Ce sont des objets saisis, pas la preuve d’un mobile. Mais ils disent quelque chose du monde dans lequel évoluait cet étudiant.

Ce que montre le parcours : un même groupe, déjà jugé

Deux trajectoires opposées, donc. Un ancien soldat instable et armé d’un côté, un fils de bonne famille de l’autre. Elles se rejoignent en un point précis. Les deux hommes sont d’anciens membres du GUD, un groupuscule d’extrême droite né à la faculté d’Assas. Ce groupe a une longue histoire de violences. L’État l’a dissous en juin 2024. 1

Ce point commun n’est pas récent. En 2015, les deux hommes ont participé ensemble à une expédition punitive. La cible était un ancien chef de leur propre groupe. Ils l’ont passé à tabac. En juin 2022, ils ont été condamnés, ensemble, à de la prison ferme pour ces violences. 2,3

Le procès qui s’ouvre examinera aussi le fonctionnement de ces réseaux. 1 Une précision s’impose ici. Le profil des accusés est documenté. Le caractère politique du crime, lui, ne l’est pas. Les sources rattachent le déclenchement à une bagarre de bar, pas à une cible choisie pour ses idées. Les deux choses ne se confondent pas.

Le nœud du procès : la préméditation

Reste la question qui sépare l’assassinat du simple meurtre : la préméditation. Elle est au cœur des débats. L’avocat de Le Priol la conteste. « Les charges ne sont pas des preuves », plaide-t-il. 1 C’est ce point que la cour devra trancher.

La défense de Le Priol s’annonce difficile. Il invoque la légitime défense et un réflexe lié à un stress post-traumatique. Une contre-expertise psychiatrique écarte cette lecture. Elle ne retient aucun traumatisme de guerre. 3 Les enquêteurs versent aussi au dossier des propos : une menace lancée à un serveur avant les faits, une phrase entendue en détention. 3 Ce sont des pièces d’accusation, présentées avant le jugement.

Une chose, pourtant, ne dépend pas du verdict. En 2015, sept ans avant cette nuit, les deux hommes avaient déjà, ensemble, roué de coups un homme de leur propre camp. La justice les a condamnés pour ces violences en juin 2022, trois mois après la mort d’Aramburú. Et le groupe qui les avait réunis, l’État a fini par l’interdire. Ces faits-là, la cour n’a pas à les juger. Ils sont déjà établis.