Le 16 octobre 2026, 100 euros sont arrivés sur des comptes en banque. Un versement automatique, sans la moindre démarche, pour ceux qui touchaient déjà l’aide carburant. Le lendemain, le gazole affichait 2,36 euros le litre, encore en hausse sur la semaine. À côté, des gens qui roulent autant chaque jour n’ont rien reçu. Tout dépend d’une ligne sur la feuille d’impôts.

Cent euros, versés une seule fois

L’aide carburant est une somme fixe. Cent euros, versés une seule fois par véhicule et par personne 1. Le gouvernement l’a créée par un décret d’avril 2026 1. Le Premier ministre l’avait annoncée le 21 avril 2. Elle vise les « travailleurs grands rouleurs », selon les mots officiels 2.

Pour la toucher, il faut cocher plusieurs cases à la fois. Avoir déclaré un revenu d’activité en 2024, salarié ou indépendant 1. Être domicilié en France, avoir au moins 16 ans fin 2024 1. Rester sous un plafond de revenu : 16 880 euros par part d’abord, relevé à 22 770 euros en octobre 1,3. Ne pas payer l’impôt sur la fortune immobilière 3.

Il faut aussi beaucoup rouler. Plus de 15 kilomètres entre le domicile et le travail, ou plus de 8 000 kilomètres par an pour le métier 1. Le véhicule doit être thermique ou hybride simple, assuré, utilisé pour le travail 3. Le gouvernement annonce 3 millions de personnes au départ, 5,5 millions après octobre 2,3. Ces chiffres sont des cibles affichées. Aucun bilan ne dit combien de dossiers ont vraiment été payés 3.

Qui reste sur le bord de la route

La liste des conditions dessine, en creux, celle des exclus. Le gouvernement ne la présente jamais ainsi 1. Mais elle se lit sans effort.

Sans revenu d’activité en 2024, pas d’aide. Le texte le dit noir sur blanc 1. Les retraités en sont écartés. Les chômeurs aussi : le chômage et la préretraite ne comptent pas 1. Les étudiants, les personnes au foyer, les inactifs non plus 1. Au-dessus du plafond de revenu, ou avec un gros patrimoine, non plus 1,3.

Reste un fait simple. L’aide est attachée au travail, pas à la dépendance à la voiture 1.

Or ce ne sont pas les mêmes personnes. Le poids du carburant dépend d’où l’on vit et de l’usage qu’on en fait, pas du statut d’actif 5. Un ménage rural motorisé dépense bien plus pour rouler qu’un citadin 5. Carburant et chauffage fossile y pèsent 8,7 % du budget, contre 3,2 % à Paris 6. Un retraité loin de tout, un chômeur sans autre moyen de transport, comptent parmi les plus exposés. Aucun des deux n’entre dans le dispositif.

Pire pour eux : ce sont ceux qui peuvent le moins lever le pied. Quand le prix grimpe, les gros rouleurs réduisent très peu leur consommation 5. Ils subissent la hausse de plein fouet. L’aide va bien à ceux qui la subissent le plus, mais seulement s’ils travaillent.

Cent euros face à deux euros le litre

Cent euros, est-ce beaucoup ? Tout dépend de la facture en face. En 2022, un ménage rural motorisé dépensait en moyenne 1 855 euros de carburant par an 5. Un périurbain, 1 480 euros. Un citadin, 981 euros 5. L’aide couvre donc une petite part de la dépense.

Le gouvernement, lui, parle en centimes par litre. D’abord « 20 centimes », puis « 40 centimes » à partir d’octobre 3. Présenté ainsi, le coup de pouce semble avoir doublé. Il n’en est rien. Le montant reste 100 euros dans les deux cas 3. Seule la durée couverte a changé : six mois, puis trois mois 3. Deux fois moins de temps pour la même somme, cela fait mécaniquement deux fois plus par litre. Rien de plus.

Autre limite : les 100 euros ne bougent pas avec le prix. Ils sont fixes 3. Si le gazole monte encore, l’« équivalent en centimes » fond d’autant. Entre février et la mi-octobre 2026, le litre de gazole est passé d’environ 1,70 à 2,36 euros 7,4. Soit près de 66 centimes de plus. Pour mille litres de route dans l’année, cela gonfle la facture d’environ 660 euros. Un ordre de grandeur, qui dépend de la consommation réelle. Bien plus, en tout cas, que l’aide, qui plafonne à 200 euros pour qui touche les deux versements 3.

Pendant qu’il verse, l’État encaisse

Il y a un dernier chiffre que l’annonce ne met pas en avant. Quand le carburant augmente, l’État touche davantage de TVA 7. La raison tient à la façon de compter. La TVA de 20 % s’applique sur le prix, taxes comprises 7. Elle frappe même l’accise, la taxe fixe prélevée sur chaque litre 7. Prix qui monte, TVA par litre qui monte avec lui 7.

Le même mouvement de prix qui justifie l’aide gonfle donc une recette publique 7. De combien, au juste ? Aucune source consultée ne compare la TVA en plus au coût de l’aide. Le mécanisme est établi, le solde ne l’est pas.

Reste le motif affiché. Le gouvernement attribue la hausse au « conflit au Moyen-Orient » 3. C’est son explication. Aucun document versé ne détaille la part réelle du pétrole, des tensions d’approvisionnement ou des taxes dans la flambée. L’attribution reste une parole officielle, pas une démonstration.

L’aide, elle, obéit à une règle claire et vérifiable. Elle suit une ligne de la feuille d’impôts, pas la distance que le quotidien impose. Et ses 100 euros ne bougent pas quand le prix, lui, continue de monter.