Deux maires, des injures racistes, une réponse de la justice
Le maire d’Ambarès-et-Lagrave s’appelle Nordine Guendez. Les messages mêlaient injures racistes et menaces de mort. Le tribunal de Bordeaux a retenu les faits. La peine : six mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, une obligation de soins, une interdiction de contact. L’auteur a 51 ans. Il souffre de schizophrénie et vit sous curatelle. Son état a pesé sur la décision. Ce profil n’est pas celui de tous les auteurs. C’est un cas, pas un modèle. 5
À Stains, en Seine-Saint-Denis, l’histoire est plus longue. Azzédine Taïbi est maire depuis 2014. Il est présenté comme le premier maire d’origine maghrébine du département. Depuis son élection, il reçoit des lettres anonymes, des courriels, des messages sur les réseaux. « Terroriste ». « Cancer de la France ». En 2020, il annonce qu’il portera plainte à chaque fois. 3
La première condamnation tombe en décembre 2023. Le tribunal de Paris sanctionne un homme pour des propos postés sur X en 2020. Mille euros d’amende, avec sursis. Cinq cents euros pour le maire. Les faits dataient de trois ans. Un seul auteur a été identifié et jugé. D’autres plaintes avaient été déposées, sans suite connue. Derrière un pseudonyme, un auteur reste souvent introuvable. 4
Le chiffre qui manque
Combien de maires sont visés comme eux chaque année, pour leurs origines ? Personne ne le sait. Aucun chiffre ne le dit.
Deux services comptent, chacun de son côté. Le premier recense les atteintes aux élus : 2 501 faits en 2024. Mais il ne note pas le motif. Une injure raciste et une menace pour un permis de construire y sont mêlées. 1 Le second compte les actes racistes : 9 400 crimes et délits enregistrés en 2024, près de 7 000 contraventions, 9 700 victimes. Mais il ne dit pas lesquelles sont des élus. 2
Le croisement n’existe pas. Le nombre d’agressions racistes contre des élus n’est donc pas mesuré. Il est établi par des cas, pas par une statistique.
Cela ne veut pas dire que rien ne se passe. Cela veut dire qu’on avance sans compteur. Les chiffres qui circulent parlent d’autre chose. Début 2026, l’exécutif annonce « plus de 1 500 » atteintes aux élus au 13 mai, et y voit une hausse. 9 Le calcul compare une année en cours à une année entière. Aucun de ces faits n’a de mobile raciste établi. Le ministre avance ailleurs « 30 à 40 faits par semaine ». 8 C’est un ordre de grandeur, pas un recensement.
Et ce qui est compté reste un plancher. Plus d’un million de personnes se disent victimes de racisme chaque année. Moins de 3 % font une démarche auprès des services. 2 Du côté des élus, l’Association des maires de France, qui les défend, constate que beaucoup ne portent pas plainte. 8
Le droit existe, les condamnations restent rares
Le droit ne manque pas. Injurier, menacer ou diffamer quelqu’un pour ses origines est un délit. La justice peut alourdir la peine quand le motif est raciste. Et la loi vaut quelle que soit l’origine de la victime. 2,6
Reste la pratique. À l’échelle du pays, la réponse pénale au racisme est mince. Un rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme la mesure. Environ 1 600 condamnations par an pour des infractions racistes. Un taux de classement sans suite bien supérieur au reste de la justice. Et, pour les discriminations, un décompte qui parle de lui-même.
Ces chiffres valent pour la France entière. Ils ne visent pas les élus en particulier. Mais c’est l’arrière-plan dans lequel leurs plaintes atterrissent. 7
Une loi pour les élus, pas pour le racisme
Face aux violences contre les maires, une loi a été votée le 21 mars 2024. Elle aligne les peines sur celles qui protègent les policiers. Elle rend automatique la prise en charge des frais de défense de l’élu. Elle aggrave le harcèlement en ligne visant un élu. 6
Elle ne crée pas d’infraction propre à l’agression raciste d’un élu. Le caractère raciste continue de passer par les délits et l’aggravation déjà en place. 6 La loi protège la fonction. Le mobile raciste, lui, n’est toujours pas compté.
Un maire est le premier visage de l’État dans une commune. C’est lui qu’on va voir en mairie. À Stains, l’un d’eux a essuyé des années d’injures racistes. Une seule condamnation a suivi. Les autres auteurs, derrière leurs pseudonymes, n’ont jamais été retrouvés.
