Le 29 mai 2026, une collégienne de 11 ans monte dans une voiture à la sortie de son collège, à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé six jours plus tard. Neuf mois avant, une plainte visait déjà l’homme aujourd’hui poursuivi. Elle n’a jamais été menée à son terme.

Ce qui s’est passé

Le 29 mai, la fillette disparaît devant son collège 15. La vidéosurveillance repère un véhicule. Le lendemain, un homme de 41 ans est placé en garde à vue 15. Le 1er juin, il est mis en examen 15. Le 4 juin, un corps dissimulé est découvert sur un site agricole, à une quinzaine de kilomètres 15. L’ADN confirme l’identité le 5 juin 15.

L’homme mis en examen s’appelle Jérôme Barella 3. Il connaissait l’enfant, amie d’une de ses filles 15. Il avait travaillé sur le site où le corps a été retrouvé 15.

Ce que l’autopsie établit, et ce qu’elle ne dit pas

Le 24 juin, le parquet d’Agen rend les conclusions de l’autopsie 1. Un viol est établi. L’ADN de l’homme mis en examen a été retrouvé sur l’enfant 1. Le corps portait des traces de liens et de bâillon 1.

La cause de la mort, elle, n’est pas déterminée. Trois médecins légistes n’ont trouvé aucune lésion mortelle explicative 1. Des analyses restent en cours. Rien de définitif à ce jour.

L’homme est poursuivi pour meurtre précédé ou accompagné d’un viol. Il encourt la perpétuité 1. Devant le juge, il garde le silence 3,16. Il reste présumé innocent tant qu’il n’a pas été jugé.

Neuf mois plus tôt, une plainte visait déjà le suspect

Le 18 août 2025, une mère signale au parquet de Toulouse que sa fille de 11 ans dénonce des viols 2. L’homme qu’elle met en cause est celui qui est poursuivi aujourd’hui.

Au départ, l’enquête avance. « En l’espace de trois mois, l’enquête préliminaire est parfaitement menée », note l’inspection de l’État 2. Auditions, expertises, antécédents : le travail est fait.

Puis le dossier se perd. Toulouse n’était pas compétent. La procédure devait revenir à Auch. Elle a été transmise par courrier 2. L’inspection juge cet envoi papier évitable : rien ne l’imposait, le numérique était possible 2. À Auch, le dossier est enregistré avec 23 jours de retard. Il avait été « placé par erreur dans la pile non urgente » 2.

Ensuite, plus rien. Après le 23 janvier, « les actes d’enquête ne seront jamais réalisés et le suspect jamais entendu » 2. Les appels répétés de la mère sont restés sans réponse 2.

L’inspection conclut à des « carences graves » côté gendarmerie et à un « traitement défaillant » côté parquet d’Auch 2. Ce n’est pas encore le rapport final. C’est un pré-rapport, le document définitif est attendu en septembre 2.

Trois fautes, trois réponses

« À qui la faute » recouvre trois choses distinctes.

La faute pénale est celle de l’auteur des faits. Le viol est établi. La responsabilité du meurtre reste à juger 1.

La faute de suivi est celle des services : une plainte grave laissée sans traitement. Elle est établie par l’inspection 2. Elle n’efface pas la première, et la première ne l’efface pas.

Reste une question de droit. L’État répond du mauvais fonctionnement de la justice en cas de faute lourde 9. La mère de l’enfant a porté plainte contre l’État. C’est une procédure à part, non tranchée.

Personne ne peut affirmer que la plainte traitée à temps aurait empêché le drame. Elle aurait pu changer le cours des choses. Cette certitude-là, nul ne la possède.

Qui est visé, et qui ne l’est pas

Le 22 juin, le garde des Sceaux retire à un substitut du parquet d’Auch son habilitation sur les dossiers de mineurs 4. Une enquête administrative est ouverte 4. Côté gendarmerie, le ministre de l’Intérieur demande la mutation de deux gendarmes 5. Ce sont des mesures immédiates, prises avant toute conclusion disciplinaire 5.

La procureure d’Auch, elle, n’est pas la magistrate sanctionnée 7. C’est pourtant elle qui a été prise pour cible en ligne. Menacée de mort, harcelée, elle est sous protection policière depuis le 8 juin 6. Elle maintient qu’elle « ne pouvait faire mieux » 7 : c’est sa défense, que le rapport final, attendu en septembre, confirmera ou non 2. La personne la plus attaquée n’est pas celle que l’inspection met en cause.

Les deux plus hauts magistrats de France ont réagi 8. Ils dénoncent « la mécanique de bouc émissaire » et jugent les défaillances de la protection de l’enfance « structurelles et systémiques » 8. Ils parlent depuis l’institution mise en cause : leur texte est une défense, à lire comme telle. Un point de leur texte vaut pourtant pour tous les camps. La crise, écrivent-ils, « ne se réduit pas à une question de moyens » 8.

Ce que l’affaire dit du reste

Le cas de Fleurance est d’abord une faute de suivi. Le pré-rapport ne retient pas le manque de moyens comme cause. L’enquête initiale avait été « parfaitement menée », c’est le circuit d’après qui a cédé 2. Les sanctions en cours visent ce circuit 4,5. Reste que cette faute tombe sur un système déjà tendu, et cela se mesure.

La France compte 11,3 juges pour 100 000 habitants. La médiane européenne tourne autour de 17 10. Pour les procureurs, l’écart est plus grand encore : 3,2 contre 11,2 10. Le budget de la justice pèse 0,20 % de la richesse nationale, contre une médiane de 0,28 % 10.

Le traitement des violences sexuelles sur enfants est lui-même défaillant en amont. Le nombre d’enfants victimes chaque année est estimé à 160 000 12. Une plainte n’est déposée que dans un cas sur cinq 12. Et parmi les affaires jugées non poursuivables, le motif « infraction insuffisamment caractérisée » revient trois fois sur quatre 11.

Une plainte plus ancienne visant le même homme avait, elle aussi, été classée sans suite 15.

Ce qui bouge maintenant

Deux textes de loi sont sur la table 13. Le premier, porté par le gouvernement, veut la perpétuité pour les violeurs en série d’enfants et un délai d’enquête plafonné à trois mois 13. Le second, une proposition plus large, attend l’automne 13. Aucun n’est voté. Aucun ne s’appelle officiellement « loi Lyhanna », malgré l’usage 13.

Le 4 juillet, des marches ont eu lieu dans environ 80 villes 14. Elles réclament une loi d’ensemble contre les violences sexuelles 14.

Reste le fait le plus simple, et le plus dur. Un dossier existait. Il désignait un homme. Il n’a pas été mené à son terme. Le reste, la justice le dira.